Jeudi 5 juin 2008
Internet.
Comme si nous devions passer par Gaza et la Normandie pour se rendre à destination. Nous ouvrons des fenêtres sans fin, perdons le fil, paumons le sujet, égrénons les mots dans des blank pages de transition. A la fin, plus rien ne vient. Nous ne savons plus pourquoi nous sommes là, tous là.
Je décide d'écrire avant de lire. Pour me souvenir de ce que je suis venue faire ici.



Des rues, des Aqua boulevards, des avenues non avenues, des impasses. Et le petit du ruisseau, c'est le ru?

Comparaison de paysages français.
Mer, montagne, campagne, ville. Je cherche à savoir ce qu'ils savent. A peu près rien. Sur mes vingt-neuf élèves, seuls trois passent leurs vacances d'été en France. (en dehors de Paris). Les autres restent ici ou "retournent" quelque part : qui au Maroc, qui en Tunisie, à l'Ile Maurice, en Corée, au Japon, au Cap-Vert, aux Etats-Unis, en Algérie, au Sénégal, au Congo, en Guadeloupe... A peu de choses près, ils partent tous au soleil et finalement pour les mêmes destinations que mes élèves de Saint Germain des Prés l'année dernière. Sauf qu'eux, chaque été, ils y "retournent". Sauf qu'eux, là-bas, ils vivent comme chez eux. Ils partagent avec un bout de famille resté au pays une langue, des habitudes sociales, des habitudes culinaires, des jeux. Jamais ils ne vont à l'hôtel ou faire de la plongée sous-marine le long des barrières de corail. Riches et pauvres, ici ou au soleil, finalement, ne se rencontrent jamais.



Gérard Fromanger, Corps à corps bleu, 2003-2006, Beaubourg.


Ce matin, attente devant le Grand Palais (merveilleuse exposition sur la Figuration narrative). Pour s'occuper, les garçons se pincent la nuque et se donnent des coups de pieds, les filles quant à elles lisent le grand panneau d'information sur le musée. Il est précisé à peu près à hauteur de visage d'enfant que les billets pour l'exposition peuvent être achetés à : Auchan, Carrefour, FNAC, Casino, Virgin, Intermarché, Centre Leclerc, U commerces... (Liste incomplète sans doute).
Les filles lisent et relisent exclusivement et d'une même voix la dizaine de marques d'hypermarchés. Elles en chantent les slogans, elles s'amusent, elles s'orchestrent pour finir d'une seule voix en hurlant : "U, les nouveaux commerçants..."
- Euh... Les filles, ça ne me plaît pas trop cette chanson, je ne veux pas de publicité dans la classe.
- Mais c'est écrit là, maîtresse !
- Oui, d'accord, mais ce sont des marques, ce sont des magasins... Pourquoi vous ne chanteriez pas plutôt une chanson que vous avez appris en musique ?

Ca tombait bien, nous allions voir une exposition, entre autres, axée sur la contestation de la publicité.

Hervé Télémaque, Banania n°3, 1964, Collection particulière, toile présentée actuellement au Grand Palais

Je ne peux plus dire "Mmmh" en classe sans entendre "Charal".
Je ne peux plus passer les mois de septembre à janvier sans entendre les gamins chantonner : "ta ta ta/ tat ta ta, Co-fi-dis".


PS : C. a eu la meilleure note de conjugaison. Il devait faire signer son évaluation. Aujourd'hui, en récupérant son cahier, je lui demande : alors, maman était contente ?
Lui : oui...
Puis : Pour me récompenser elle m'a acheté un jeu PS3.

Cool !

Chute de l'histoire.

par would-be publié dans : école
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Mardi 13 mai 2008
C. était quelqu'un de chou. C'est le mot : chou. Chouchou.

Par exemple, ce genre de trucs, ça l'aurait fait sourire.

Je suis sadique avec les gamins, mais ils sont toujours plus forts que moi.

Ce midi, comme tous les jours, je mange "à la cantine". Ou, plus précisément, je vais chercher mon plateau à la cafétéria, je me glisse entre deux élèves, prends à toute allure mes plats "pour adulte", écris mon nom sur un grand cahier et file dans la "salle des traîtres" avaler mes petits pois dégoûtants dans un silence étourdissant.

Voilà. Ce midi, je me retrouve devant Mikael et Maxime, deux élèves de CP (si vous ne voyez pas ce que c'est... C'est un enfant d'environ 6-7 ans, avec une bouche édentée). Au niveau du yaourt sur la file de la cafèt', (ou du "yaour" comme dirait mamy, beurk), je vois Mikael prendre un pot à la vanille et s'exclamer : "oh, de la banane, c'est chouette, eh"... et il pousse du coude son pote devant, "moi j'en prends un à la banane, c'est vraiment très bon la banane...". C'est là que j'interviens, mi-ange mi-démon : "euh... c'est pas de la banane, regarde, c'est de la vanille"... Y m'écoute pas le petit gars, alors je lui répète pour révéler l'utilité de ses connaissances en lecture : "c'est de la vanille, bonhomme, regarde... va..." En fait, ça chauffait veugra sous sa tignasse blonde, car je l'entends dire à son poteau : "c'est de la vanille, mais c'est de la banane, pour moi c'est de la banane, c'est bon si on dit que c'est de la banane"...

Finalement, réflexion d'adulte : ça sert à quoi de dire qu'Israël occupe illégalement le territoire palestinien depuis 41 ans puisque c'est bien plus "bon" de dire que c'est pour des questions de sécurité ? T'as beau lire des articles, écouter les témoignages des gens qui rentrent de là-bas, de ceux qui y ont vécu, t'y crois jamais vraiment...

Evidemment, la fin de cet article, C, ça ne l'aurait pas fait rire...
par would-be publié dans : école
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Vendredi 11 avril 2008

Je ne sais pas être dure de la façon dont il faudrait. Je ne peux pas me mettre en colère tout le temps : ça m'épuise. Alors je balance. Je prends du recul par rapport aux bêtises. Chez moi, ça vanne. Ca vanne gentil, mais ça vanne sec...

- à Romuald qui se retourne sans cesse :

Tiens, Romuald, tu me donnes une idée, on va se cotiser pour t'acheter des rétros, comme ça t'auras plus besoin de te retourner pour voir derrière.

- à Ilona qui mange son stylo à longueur de journée et le lache pas quand elle me répond :

Ce sera plus efficace, Ilona, avec du dentifrice, le brossage...

- à Charlie qui est doté d'un organe oral plutôt puissant :

Tu veux un porte-voix pour qu'on t'entende de plus loin ?

- à Maureen qui louche toujours sur la copie de la voisine :

Tu veux des jumelles pour y voir plus clair ? A moins que la longue-vue soit plus appropriée...

- variante pour Romuald :

Je t'aime bien de dos, mais, tu vois, je te préfère de face...

- à James qui suce son pouce, affalé sur sa table :

Tu veux mon gros orteil pas lavé depuis quinze jours ?

- à Dom qui ment comme un arracheur de dents et qui est assis tout au fond :

Recule-toi un peu s'il te plaît, le bout de ton nez me gratte l'épaule...

- à Dom, que j'aimerais placer encore plus loin :

J'en peux plus Dom, un jour je vais creuser un trou dans le mur du fond et tu t'installeras tout au fond de la pièce à côté...

- à Waki qui fait plein de fautes d'inattention absolument délirantes et que ça fait beaucoup rire :

Aïe, aïe, Waki, j'ai mal aux yeux... Arrête ! Cache-moi ça !

- à Mat qui me rend souvent des devoirs grêlés d'auréoles douteuses :

T'as fait tes devoirs près d'un beurre fondu ?

- à Harry qui me rend des devoirs crados je sais pas comment y fait en 10 minutes pour que la feuille elle soit dans c't'état-là :

C'est quoi mon mêtier Harry, tu t'en souviens ? -Professeur, maîtresse. - Bravo, Harry.... Donc, je ne suis pas gardienne de cochons, on est d'accord, moi, tu vois, je m'occupe d'enfants, pas de petits cochons...

- à Jan et Fannette qui trafiquent des trucs sous leur table :

Qu'est-ce que vous faites là-dessous, vous élevez un cochon d'Inde dans votre case ?

- A Karl qui rote et qui pète en classe :

Je rappelle que les animaux ne sont pas autorisés à l'école...

- A Harry, encore, qui s'affale sur sa table :

La prochaine fois, amène ton doudou, ce sera plus confortable...

- A Charlot qui est tout petit et se met dans des positions improbables sur sa chaise :

Tu te débrouilles comme tu veux, Charlot, mais je ne dois jamais voir le dessous de tes semelles (vieille tradition indienne).

- A Sam qui parle toujours à la place de Shiny :

Bien, Sam, à partir de maintenant, tu t'appelles Shiny...

- A Nico qui a décidé de plus rien faire en classe depuis deux jours :

Amène ton maillot demain, et puis tes palmes, puisque tu te crois à la plage...





Maîtresse, qu'est-ce qu'on fait après la récré ? Ben... On se met en tas et on fait un grand feu.


Je ne me casse pas la tête. C'est un gimmick. Le même élève, depuis le début de l'année, à 13h29, me pose la même question, au moins une fois par semaine, et je lui réponds invariablement la même chose. Ca le fait rire à chaque fois. Maîtresse, qu'est-ce qu'on fait après la récré ? Ben... On se met en tas et on fait un grand feu.

L'arroseuse arrosée...

En pleine classe, un après-midi, les distributeurs donnent un énième mot à destination des parents... Je dis : Vous collez cette feuille sur la première page blanche après le dernier papier que vous avez collé (oui,  oui, faut être très précis), vous fermez votre cahier de correspondance, et vous le rangez tout de suite dans votre cartable (merde, diablotin iufm me dit : attention, tu viens de donner trois consignes à la fois...) Bruit de papier, de chaise, de trousse, trois élèves se baladent à la recherche de bâton de colle. Soudain, le même élève que celui de 13h29, me demande de façon totalement inattendue : On fait quoi après, maîtresse ??
Et là, vous vous rendez compte, le trou ! J'avais oublié ma réponse, plus rien dans le citron ! Alors je dis, parce qu'il faut bien répondre, parce que je voulais faire ma kéké, en hésitant et en me dirigeant dos à la classe vers mon bureau : "Ben, on va tous se mettre debout sur les tables et on va rire... " Je vous jure c'est vrai, c'est ça que j'ai dit.

J'entends quelques rires étouffés, pas grand chose, un raclement de chaise, je ne les vois pas... Je les ignore deux secondes à la recherche des photocopies que je voulais distribuer sur Rémus et Romulus... Je pense : qu'est-ce qui m'a pris de dire un truc pareil...

J'aurais pas dû... Oh ! par la veste de l'inspecteur, j'aurais mieux fait de me taire... Car quand je me suis retournée, quel spectacle ! Ils étaient tous debouts sur les tables, je vous jure (faut pas jurer), calmes et souriants... puis soudain, voyant ma tête, éclatant de rire en choeur ! Je souris en les regardant (faut pas déconner, un de mes projets de début d'année était : "fédérer le groupe" : ça a marché !), mais faut pas déconner, je ne peux pas (pure trouille des réputations parentales) faire courir le bruit que dans ma classe les gamins montent sur les tables et se marrent, et qu'ils ne le font pas par bravitude insolente, mais parce que LA MAÎTRESSE, ELLE-MÊME, L'A DEMANDE !




par would-be publié dans : école
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Dimanche 30 mars 2008
  • Faut pas me prendre pour une dingue, moi, j'm'appelle pas Mephisto, moi, eh oh ! Jamais je ne signerai pour les nouveaux programmes, jamais je ne participerai au mouvement "travailler plus pour gagner plus" en privant de vacances des élèves complètement largués depuis la première année de maternelle, abandonnés par leurs parents dès leur première têtée, gavés de télé et frustrés d'écoute, jamais, vous m'entendez, jamais ! Et surtout pas si je pense à ce que je peux y gagner... Quelle esbrouffe, quelle arnaque !!
  • Non seulement on les fait ièch toute l'année en leur rendant des zéros pointés, en leur donnant des lignes à copier (dernière invention en date : "je ne dois pas faire pleurer mes camarades, mais les faire rire", 200 fois), en les excluant de classe s'ils nous tapent sur le système ("tu rentres quand tu es calmé!"), en convoquant leurs parents (qui posent des lapins), non seulement, dis-je, on les agresse toute l'année, remettant chaque matin nos compteurs de bienveillance à zéro et chaque jour les faisant exploser en leur gueulant dessus, en respirant par le ventre ("Hervé, tu m'emmeeeeeeerdes, dégaaaaage !"), mais en plus faudrait les faire venir pendant les vacances, et nous avec ! Manquerait plus que ça ! C'est une remise à niveau des parents qu'il faudrait, soyons clairs ! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
  • Une maman vient me voir et m'avoue que son fils s'ennuie beaucoup à la maison et que dès qu'il s'ennuie, il mange...  que depuis septembre, soit en 6 mois, monsieur a grossi de 7 kilos, SEPT KILOS !! Rendez-vous compte !! Mais qu'est-ce que vous voulez que je lui réponde à la mère ? Alors je lui demande, fine bouche : euh... Votre fils a-t-il été détecté pour l'obésité précoce en maternelle (oui, oui, ça se fait maintenant)? Réponse : ben oui... Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Fermez votre frigo à clé, faites quelque chose, je suis pas chez vous, moi !!
  • Jeudi, c'était l'hôpital dans la classe : Colin pleurait tout son saoûl allongé sur le parquet au fond de la classe, le manteau d'un copain sous les genoux (tassement discal et sciatique à huit ans !!), Damien pleurait la tête entre les mains (migraines chroniques), Anna avait enlevé ses chaussures à cause d'une énorme ampoule (je lui ai donné un pansement qui traînait dans mon cartable) et Inès se tordait de douleur sur sa chaise, faisant des allers-retours entre la classe et le trône, nauséause et blanche... Suis pas médecin, moi, si ? SI ? Ben si, t'es médecin, tu peux me dire, sinon, ce que tu fous avec des pansements, des kleenex et du gel nettoyant sans eau dans ton cartable, un marteau et une agraffeuse dans ton tiroir ? T'es dentiste, c'est ça peut-être ?
  • Je serais d'avis de faire des stages de soutien pour les parents avec des "super nannys" grassement payées qui enseigneraient les parents à s'occuper de leurs enfants : des trucs tout cons, par exemple : savoir qu'un enfant de 7 ans ne peut pas s'occuper seul de ses devoirs, de son matériel et de ses vêtements, donc regarder toujours derrière lui ou faire les choses avec lui... Ca me paraît tellement évident...

  • Ce matin, c'était la réunion de réflexion sur les nouveaux programmes. J'ai boycotté le tout en faisant découvrir le site deezer (vite renommé "dix heures", l'heure de la récré) à l'équipe pédagogique ébahie. Trois heures plus tard, nous avons tous opiné du chef (on pouvait pas parler avec les chouquettes dans la bouche) et conclu en choeur que d'enseigner le passé composé du verbe vouloir à la fin du CE1 ainsi que le passé antérieur à la fin du CM2, c'était peut-être un peu ambitieux...
  • Hier soir, vendredi : conseil d'école ! Morte de rire, très discrètement (très, très intérieurement) sur ma chaise, pendant trois heures ( à chaque fois, ils nous font le coup des trois heures, le truc qui sert à rien... Vous avez déjà vu des réunions de trois heures dans le privé ? Ca doit être parce que nous travaillons lentement....). Par paresse, je n'ai même pas pris de pause et j'ai dessiné un beau hussard des années 1800 quelque chose à même la feuille de l'ordre du jour. Le point "base école" a été discuté de fond en comble avec des parents suspicieux et une équipe lâche qui serrait les rangs devant l'armée des fonctionnaires plus hauts placés. Madame la directrice a dit : je suis fonctionnaire et on me demande de fonctionner, donc je fonctionne. Point. Alors, la "base école", c'est quoi au juste ? C'est juste l'informatisation de données qui existent déjà, mais sous forme papier. Dans cette base sont rentrés des éléments comme les effectifs, les noms, les dates de naissance, les adresses, les redoublements et les signalements au RASED, base permettant d'éviter les "inscriptions fantômes" qui nous permettaient auparavant de gonfler les effectifs pour éviter une fermeture de classe et de transmettre plus facilement les infos sur les élèves sur le territoire national, quel que soit le niveau de scolarisation. Dans le projet initial, figuraient comme type de renseignements : la langue maternelle de l'élève ainsi que son ethnie !! Haro, haro ! Moi j'écoute Faith no more et je vous emmerde ! Franchement, pourquoi ils nous demandent pas aussi de décrire les vêtements des élèves, et même de dire, pourquoi pas après tout, s'ils puent ou s'ils sont lavés (parce que mon Dieu, chaque année, j'en ai un, comme ça, un pas-lavé, un dont personne ne s'occupe, un enfant sauvage de la ville, et ça m'angoisse bizarrement plus que des devoirs non faits, comme signe premier de décadence d'une culture, le manque d'hygiène)... Tiens, toi, tu écris toujours avec des stylos Beep bop et tu portes toujours des tee-shirts hideux estampillés Disney, toi, t'es pas patriote, toi, hein, quand y aura la guerre, tu verras, je te dénoncerai !! ET J'AURAI LA PREUVE DANS LE FICHIER BAZZZZ !! Hé hé.


  • Bon, à part ça j'ai voulu lire Toute une histoire de Günther Grass, un minuscule roman de 800 pages écrit pour les porteurs de jumelles et je me suis heurtée tout de suite à mon manque de culture, alors bon, je vais d'abord lire un peu de Théodore Fontane (Effi Briest - "le chef-d'oeuvre du réalisme allemand" dixit la quatrième -et Cecilia ou un titre qui ressemble avant de passer au reste).
  • Toujours très "Allemagne", donc, et avec joie. Quant à Cormac Mac Carthy, il peut aller se rhabiller. C'est tout sec son style... Très en verve ce soir, très ronchon aussi, j'ai écrit une critique sur amazon sur Rufin, La Salamandre, et ma foi j'ai dit ce que j'avais à en dire, ma foi mon pâté de foie. Faut pas prendre les gens pour des cons, gnak.
par would-be publié dans : école
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vidi-oz & mjusök

Kanaa Kandenadi - Parthiban Kanavu, 2003



Daphne, Le petit navire, 2008
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