Samedi 19 juillet 2008

Nuit de veille.
Bilan de mes twenties.
Tout en chiffres.
Nombres de baisers avec des hommes, des femmes, nombres de partenaires, nombre d´amis trouves, perdus, nombre d´adresses differentes, de pays visites, nombre de diplomes obtenus, nombre d´eleves passes devant mon tableau, nombre de kilos perdus, nombre de centimetres laisses sur le billard, nombre d´orgasmes, nombres de cigarettes fumees...

Je suis tres amoureuse de ma femme.

Tentative de penser a 50 choses a faire avant de mourir.
Regles : exclure les fantasmes sexuels. Exclure les enfants a faire.

Finalement je me retrouve les mains vides.
Envie de quoi en toute certitude ?
Apprendre a jouer de la guitare electrique ? Parler le javanais ? Faire du parapente ? Visiter San Fransisco ? Jouer dans un film ? Planter un arbre ? Une epilation au laser ? Une nouvelle colonne vertebrale ? Un sac Lancel ? Editer un livre ? Louer une maison a Dunquerque ?

Pff.

Je suis tres amoureuse de ma femme.

J´ai hate de rentrer. C´est tout. ;)

par would-be publié dans : emily
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Mercredi 2 juillet 2008
Ah... D. Mermet...

Une année scolaire qui se termine. Jeux de société, goûters, énigmes, jeux de pistes, jeux de mimes, jeux de rôles, jeux de dupes, jeux amoureux. Je ne suis pas présente à l'école, et ça me manque. Je reste là. Je regarde des séries larmoyantes sur meuhsix, je pense à eux. Je leur ai fait faux-bond. Qu'est-ce qu'ils s'imaginent ? Un élève abandonné par sa maîtresse, ce n'est jamais qu'un enfant trahi.
Lors de la remise des livrets scolaires, je n'étais pas là. Mais je leur avais pondu à chacun un petit texte, quelque chose d'orginal. Les nuls, les fortiches, les irréductibles paresseux, les résolument brillants, ils ont tous reçu ma confiance. Sans eux, je m'emmerde. Royalement. Plus assez d'amour reçu pour pouvoir en rendre. Rendre.


Chaque année, je prends de l'âge quand eux ne prennent pas une ride. Un jour, moi aussi, on me traitera de vieille peau. Old hag. Vu les mg de nicotine que j'aspire, ça ne saurait plus tarder. Je ne me fais pas de bile.
Je ne porte jamais de robe, mais les petites filles me dessinent toujours en robe de princesse. Les garçons, eux, racontent à leurs parents que je m'amuse à faire un dribble avec eux sur le chemin du réfectoire. K. raconte, lui, qu'au volley, j'étais là aussi. Et B. pensera à moi chaque fois qu'il entendra "6 fois 8 ?".

Ma valise sans format se remplit de petit matériel de voyage.
J'ai déjà vécu deux ans en Inde, mais voilà que j'y retourne. Boucle bouclée, page vierge. Rebelote. Vaccins, répulsif anti-moustiques, lunettes de soleil, sandalettes, visa. Ordonnance. Je stresse encore plus. J'ai hâte de cette moisture si particulière à faire goûter un petit LU, des ventilos au-dessus de ma tête, des Rava Dosai, des sorties en scooter, de la mer, et je suis effrayée à l'idée des mauvais souvenirs indiens. La promiscuité, l'eau qu'il ne faut pas boire au robinet, les cafards, les chiens et les cochons errants, les ouistitis, les iguanes, la chaleur accablante, la circulation oppressante, la pollution noire à l'intérieur des coudes et au creux des rides, le bruit des groupes hindous réveillant le quartier à 4 heures du matin, les arnaques des chauffeurs d'auto-rickshaws. Se battre, toujours se battre, pour être servi, pour passer le premier, pour traverser la rue, pour marcher le long de routes sans trottoir, pour se faire respecter...  Il faudra que je pense à ne pas utiliser ma main gauche pour payer et manger, à balancer ma tête pour dire oui, à croiser les gens par la gauche, à ne pas attendre, jamais, jamais, attendre...

Maintenant, il est encore plus tard que tard. Je n'attends rien. Je ne m'attends à rien.

Je vais m'endormir et rêver. Maintenant.



par would-be publié dans : emily
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Vendredi 20 juin 2008
C'est ce que nous sommes en train de faire.
Jusqu'à plus soif.
Pour que lentement toutes les peurs s'apaisent. Pour pouvoir tourner la tête et regarder ailleurs sans péril. Pour ne pas prévenir et rentrer tard sans se faire abandonner, sans avoir non plus à se faire pardonner. Pour pouvoir nous tourner ensemble (ou pas) vers autre chose que nous-mêmes.

Un jour, je dirai "je sors" sans que cela pose question à personne, un jour elle dira "j'ai un poste à Singapour, je t'y attends" et nous n'aurons plus peur. Car nous saurons que les épreuves sont terminées.

Chaque jour, nous mettons notre amour à l'épreuve.
Chaque jour, nous recherchons la sérénité et cette paix-là passe par l'épuisement de toutes les situations d'angoisse probables.

Panique. At the disco. Coup latéral.



Je ne parle pas ici d'une quelconque routine amoureuse, de la fin de l'amoureuseté ou de quoi que ce soit qui affadisse l'amour. D'ailleurs la ressemblance peut être frappante entre la confiance optimale que deux personne s'accordent et l'impression que leur amour manque de sel, de piment.
C'est un fait, faut pas se tromper de chemin. Les ornières ne manquent pas.

Que signifie la phrase suivante : je m'ennuie ?

(Un instinct, je ne sais pas, j'ai rappelé et j'ai réussi à obtenir un rendez-vous avec one of the big pointe de la pointure des rhumatologues parisiens. On m'avait prévenu, il est rude... En effet, c'est par un grognement qu'il a entamé la communication, me confondant avec une autre, genre : "qu'est-ce qu'elle me veut encore celle-là", mais s'excusant par deux fois de ne pas comprendre mon prénom... C'est vrai qu'Emily, c'est... comment dire... tellement exotique...)

A la recherche de l'inconditionnel.
D'accord. Je me tais. J'ai tendance à épuiser les sujets. OU A CROIRE QUE JE.

Mais qu'est-ce que je l'aime, qu'est-ce que je l'admire ! Elle va réussir, je le sens. En construction, assoiffée de mieux, assoiffée de bonheur, elle me plaît. Elle me sustente. Elle est si hautainement sincère. Si désarmante Je m'ennuie. Qu'y répondre ? Va jouer avec d'autres que moi. Laisse-moi, je me repais. Sa beauté me condamne, sa confiance en elle me foudroie (paroles pour la prochaine comédie musicale sponsorisée par teufeu1). Depuis le début, elle sait où nous allons. Nous y allons. Parfois gaiement, parfois moins.
Laisse-moi chérie. Laisse-moi être mélo.
Nous allons. Vers la confiance suprême.
Elle me veut diserte, intelligente, forte. Elle me veut occupée et toute à elle à la fois. Elle me veut partout où elle ne me veut pas.
Elle sait que je sais qu'elle sait que je sais, etc.

Maintenant, elle ne va plus tarder. Ne compte pas sur moi pour t'attendre. Vieille bique. 
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Vendredi 20 juin 2008
Aimer, parfois, n'est qu'une épreuve que l'on fait subir à l'autre.

On recherche la limite, on pose constamment à l'autre cette question : m'aimerais-tu encore si... Si je te disais que j'étais malheureuse, si je te disais que je te méprisais, si je te disais que parfois je pense à te quitter, tu ferais quoi ? Si je te disais que je regarde les jolies femmes même quand tu es là, si je te disais que je ris davantage avec d'autres qu'avec toi, si je te disais que je préfèrerais être seule, si je te disais que je vais rester handicapée jusqu'à la fin de mes jours, si je te disais que tu me déçois, et si je te disais que je pense à mourir, si je te disais que je ne te désire pas... Hein ? Qu'est-ce que tu ferais ?
Est-ce que tu m'aimerais encore ?
Est-ce que tu resterais avec moi ?
Alors on devient parano, l'autre aussi, la méfiance s'installe, la confiance s'érode.
La rage, l'injustice, la violence, puis le défaitisme, l'abandon, la lâcheté s'emparent de nous tour à tour.

On ne peut plus avec. On ne peut plus sans. On veut juste se faire oublier. Recommencer.

Aimer, parfois, est une épreuve qui nous fait passer l'envie d'aimer.

par would-be publié dans : emily
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Mercredi 18 juin 2008
La notice le dit : la levure de bière est constituée à 100 % de gluten. De même que l'enveloppe de comprimés comme le paracétamol. Quand j'étais petite, mon père me fabriquait de grandes crêpes de Maïzéna dont il déchirait des morceaux que j'avalais en lieu et place du pain. Je commence à flipper.

Bree me dit : t'aurais pu devenir débile. Le gluten, quand tu ne le supportes pas, ça grille des cases.

Autre élément de l'enquête : mon passeport dort dans une enveloppe A5 déposée dans le tiroir d'un bureau anonyme du 9e ardt. La première bonne action à faire en arrivant sera de prendre rendez-vous avec un "physiotherapist".

Jamais je n'aurais pensé parler autant de médecine, de médicaments. Je me croyais invincible. Nous avions le culte de la "force" dans la famille. Fallait pas montrer qu'on souffrait, fallait pas souffler dans les montées, fallait pas laisser le diaphragme en paix, fallait comprimer cette cage qui s'ouvrait.
Allitération en /f/ et en /v/, sa version sonore.

Et voilà. Quel échec ! A pas même 30 ans, j'ai la marque de la ceinture Thuasne sur mes hanches là où d'autres ont la marque du bikini après l'été. Et mes délices, je les vis en buvant un breuvage de codéine. Enfin ! Elle m'en a enfin prescrit ! Je rêve ! Ce qui me permet de me réveiller à 4h12, ivre de douleur... La codéine dans le sang, au début ça fait comme un gros pansement à l'intérieur. Et puis le sang le dissout.

**

Mon dernier souvenir d'école de cette année sera peut-être :
"J'ai pas pu réviser ma leçon d'Histoire parce que j'avais oublié ma pochette à rabats...
- Comment ta pochette peut-elle être à Rabah ?"

Autre version :

"Dis, tu aurais un couteau à steak ?
- Euh... J'ai bien un poignard d'Oman, mais un couteau aztèque..."

Brigitte rit dans l'escalier alors que nous échangeons des propos matinaux.

**

Nous perdons environ 2cm par jour que nous rattrapons dans la nuit. Sauf quand nous sommes vieux. C'est ça, la "ratatinette" dont parlait Roald Dahl dans Les Deux gredins. Je lis le Voyage d'Italie de Dominique Fernandez. Un dictionnaire amoureux. Il écrit tellement bien que je me souviens de ce qu'il dit.

Je ne suis plus allergique au gluten. Le temps n'est pas venu de s'inventer des maladies. Même si je voudrais savoir pourquoi je m'enflamme si vivement. C'est physique ou moral docteur ?

Chantal D. est atteinte de la maladie d'Alzheimer depuis plus d'un an. Elle perd les mots. Tous les mots. Elle perd également la possibilité de penser qu'ils accompagnent. Elle ne sait plus les prononcer. Elle ne sait plus lire. Elle ne sait plus écrire. Déjà. Elle à 55 ans. Cinq enfants.

Michèle B. habite près de Fontainebleau. Elle va me prêter un vélo d'appartement.

Chez Décathlon, ils proposent des chaussures de trekking à 14,99 euros.
J'ai acheté une bouteille de Frontignan pour 5,35 euros. A prendre avec deux Diantalvic. Conseil de mon ancienne rhumatologue. "C'est soit ça, soit un pétard". Je ne supporte pas l'herbe.
Je porte un pantalon Burberry à 165 euros. Il ne m'a coûté que 20 euros.
Chaque nuit que je passe dans cet appartement me coûte plus cher qu'une nuit d'hôtel de basse catégorie.

**

Mon père a fini par trouver bizarre mon silence. Il pleurait au téléphone. Mais pas pour moi.
C'est à moi de lui montrer sa place, de lui apprendre à être un meilleur père. Plus... "paternant".

Hier, j'ai écrit dans ma tête aux parents de Caroline. A sa maman surtout. Je lui disais... D'abord merci. Et puis que... On ne quitte pas les gens parce qu'on est un salaud. Juste parce que nous n'aurions pas pu...
Je lui disais que je portais souvent des vêtements qui venaient d'elle, que ça me faisait plaisir et qu'elle m'avait donné des tas d'idées de marques pour m'habiller. Lui dire que je m'étais rendue au magasin où il y a du Lilith en destockage. Merci à celle qui sera toujours ma sonde bionique. Lui dire que j'ai failli lui racheter des boucle d'oreilles space. Et puis non. Que je ne l'ai pas fait. On ne peut pas toujours. Se faire croire que des gens qui ont disparu vivent encore à côté.
Je pourrais écrire. Et alors, quoi ? Pourquoi ne le fais-je pas ? Pourquoi ne l'ai-je pas encore fait ? Peur que ça arrive comme un cheveu sur la soupe ? Des remerciements, vous savez, qu'on lit et qu'on repose sur la table du salon en se disant : c'est bien, mais ça vient trop tard, elle se fout du monde. De toute façon, madame, il fallait attendre, attendre que votre fille ait fini de souffrir à cause de moi pour que je puisse vous reparler.

**

"L'Echo des Savanes", c'est plutôt amusant en fin de compte. J'ose le dire devant mon père qui me méprise. Je le fais exprès. Pour qu'il cesse. Je le lui dis. Il fait la moue. Ca ne lui plaît pas.

Etienne m'a envoyé des liens pour acheter les livres de Matt Groening devenus introuvables dans les librairies du monde réel.
Bérengère organise une fête pour son trentième anniversaire.

J'aime les serveurs du café Leffe à Montparnasse. J'aime cet endroit, leur comptoir, leur café, leurs bières, leurs serveurs, les journaux négligemment jetés sur les tables.

J'aime le café de la rue Falguière. Il coûte 1,10 euros comme partout. Mais c'est le top dans sa catégorie. J'en ai eu confirmation. Je ne pensais pas que ça allait m'arriver, mais voilà : j'ai une ardoise là-bas ! Trop fière ! Je suis une habituée, je rentre et on me sert sans que je parle ; je n'ai pas de monnaie et on me dit, privilège suprême : la prochaine fois. Ah ! Trop fort !

Dernière minute : il y a un sosie de Tom Cruise à la brasserie La Terrasse.



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Mardi 27 mai 2008
Grosses larmes. Je ne sais plus où j'en suis. C'était samedi, dimanche. Une fin de semaine nullissime. Je prends tout à revers. Plus envie de rien. Doutes. Défaitisme. Film homo à pleurer.

Le soir, film de cul hétéro à mourir de rire (une sorte de peplum érotique en costumes complètement anachroniques, avec des dialogues inoubliables : "Mais... Si Augustus part faire la guerre, il ne pourra plus apaiser le feu qui brûle tout en bas de moi...", dit une nunuche perverse vêtue d'un rideau bleu en polyamide (oui, en effet, le doublage - de la langue, pas du rideau - ne faisait pas partie du prix du film).

**

Je ne pourrai jamais avoir d'enfant. Je ne pourrai plus jamais faire de sport, conduire une voiture, aimer avec une douce violence. Je serai toujours malheureuse. Je n'aurai jamais un métier que j'aime. Je vieillirai moche (pas longtemps), seule, et pauvre d'un cancer lié à la cigarette ou aux chips. Avec des boutons et de la cellulite au bas des fesses.
Grosses larmes. Envie de dormir. Enorme fatigue qui s'abat sur moi.


**

D'accord. Je déprime.

Marion me montre des coussins. Je joue à Rocky. Développement de personnalité sur moblier IKéA. "Allez, tu tapes comme une fille là... ! Met tes poings comme ça ! Arrête d'utiliser ton coude pour te défendre ! Bouge tes jambes, garde ta gauche, arrête tes moulinets !" Je frappe. Je frappe. Je frappe. Droite, gauche, droite, gauche, droite, droite, droite... Je ris. J'arrête. Ca va. Je suis calmée. Je souffle, je m'allonge, j'écoute mon coeur. Merci.

Anniversaire de rencontre. Je lis Calvin et Hobbes.

J'ai appris aujourd'hui que la directrice me faisait 100 % confiance pour commencer le CP l'année prochaine. Ah bon ?

J'ai appris que le père que j'avais choisi une nuit était d'accord et que l'autre maman l'était aussi. J'apprends à parler de cet enfant comme d'une chose possible et positive. Pas comme d'un regret. Marion me dit : "il a de belles mains, il a une belle peau, c'est important une belle peau, je ne voudrais pas d'un enfant plein de boutons !" Je renchéris : "il est bien foutu, non, dans l'ensemble ?" On regarde ce vieil ami comme une bête de salon. Bah quoi ?

J'ai appris que je devais encore attendre à cause du dos.

D'après la radiographie, j'ai perdu environ deux centimètres depuis l'opération (si ça continue, je vais faire  3 mm et je mériterais vraiment ce surnom de fourmi). Mes vertèbres se sont quasiment soudées, ce qui laisse croire que la quasi totalité du disque a été enlevée. Je ne veux pas d'autres opérations. Ma colonne s'est légèrement courbée pour s'adapter à ces deux vertèbres collées. Je continue le kiné. J'apprends à vivre avec. Mais je n'ai pas le droit de m'asseoir trop longtemps.

Le voyage est annulé pour cet été. On ira moins loin. Pas grave. Ca ira. On s'en sortira.

Bon anniversaire les trentenaires. Tant que nous sommes -tenaires, tout va...



Et puis, dernière chose. En classe, depuis deux jours, je suis grave énervée. Bavardages, bavardages, bavardages. Untel tombe de sa chaise, l'autre lance une gomme, les numéros 3 et 4 bataillent avec des équerres, number five m'appelle toutes les deux secondes pour me montrer sa feuille comme les petits qui montrent leur pot... TRES sollicitée, j'avoue que j'ai parfois les nerfs qui craquent. Vers 16h, n'en pouvant plus, je dis TRES fort à machin : Mais tu as été fabriqué où, toi ?!
A 16h30, en bas de l'escalier, F. et A. devisent : Y a machin qui tombe de sa chaise, y a l'autre qui ne fait pas son travail, y a truc et bidule qui parlent toute la journée...
Moi : Ils sont bizarres quand même les garçons de la classe...
Réponse d'un D. qui écoutait derrière : Normal, maîtresse, i z-ont été fabriqués en Chine, c'est pour ça, qu'i fonctionnent pas bien, y a tout le temps des pannes...
Ah, enfin, je ris, ça fait du bien.

Je pense quand même à part moi qu'un de ces jours je vais envoyer des réclamations au contrôle technique (quand j'aurai digéré le "chinois sans peine").
par would-be publié dans : emily
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Samedi 24 mai 2008
et l'arbre
c'est en moi
qu'il pousse
je continue
en lui


Henri Meschino, Et la terre coule, Arfuyen, 2006.

**

Une cigarette ou une nuit de choucas ?

Marion discute ce midi de mes mots écrits en Allemagne après avoir lu Désert. Je ne me suis pas relue depuis longtemps. Ca ne m'intéresse plus. Je ne m'intéresse plus. Pourtant je persiste à croire que je ne sers pas à rien. Sinon, je ne serais pas là. Elle pense comme moi. Faut biffer, faut garder. Ca c'est bon. Ca c'est con. Ca c'est beau. Ca c'est trop. Je raye dans ma tête. Les mots grandiloquents, la solennité d'étudiante en lettres, le ton distancié de Diderot, la métempsychose d'Hugo, la mélancolie de Platonov.

Je pense au "pédé pour vieux", fils de mon amie. C'est ce que ses copains ont écrit sur son "livre d'or de Terminale". Gigolo. "Sade du XXe siècle". Ah ! la tête qu'elle a dû faire ! Je viens de regarder "Ronde de nuit". J'ai emprunté "Les garçons du trottoir". Croisé à la médiathèque deux de mes élèves qui jouaient sur des PC. J'avais les deux DVD d'Antiprod dans une main et La potion magique de Georges Bouillon de Roald Dahl dans l'autre. Calvin et Hobbes cachaient le tout. Des strates. Ils ne sauront jamais. Ils partagent chacun un secret avec moi. Untel est insulté par sa mère. Une telle dort avec elle. Le troisième ne voit plus son père depuis deux ans. Bonjour, maîtresse. Ils sont grands. L'an dernier, les CP devenaient de glace s'ils me croisaient dans la rue. La maîtresse a une vie, elle existe en dehors de la classe !

On m'appelle. On me dit qu'il faut manger. Je n'ai pas faim. Je ressortirai tout à l'heure.

par would-be publié dans : emily
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Jeudi 22 mai 2008
J'ai pris une douche. Ca va mieux.
Marre des gens qui écrivent comme s'ils bossaient chez Cosmo ou Psychologie Magazine.

Mes pieds sont au chaud dans des sandales en skai hyperbrodées (comme "hyperprotéiné") achetées en Algérie l'hiver dernier. Que pourrais-je en dire si je travaillais chez Cosmo ? C'est flop ? C'est top ? C'est "l'erreur accidentelle glamour" ? Merde. Yech.

Les enfants m'ont fait rire aujourd'hui. Vraiment. J'ai décidé de leur apprendre à accepter l'erreur. Ca m'a pris comme ça. J'ai donc proposé un exercice dont le résultat ne peut être qu'approximatif : reproduire une carte de la Gaule à main levée. Chez certains, ce n'est pas commode. Ils sont très mal à l'aise. Ils refusent de rendre un travail "mal fait". Je les encourage. Je les aime. Ils rendent petit à petit leurs travaux. Je chantonne toute la journée à tout propos. Certains m'imitent gentiment. H. reprend "C'est un beau roman d'amitié..." en taillant son crayon, chanson d'Elsa que j'ai chantée trois fois aujourd'hui en regardant O et I se faire des mamours. H. est français. Cent pour cent sénégalais. Il a décidé de commencer à travailler il y a trois semaines ("j'arrête les bêtises, c'est bon, c'est fini, maîtresse").Du coup, je lui donne de l'importance.
"H. ?
- Oui, maîtresse.
- Qu'est-ce qui est le plus grave : la bêtise ou le mensonge ?
- le mensonge.
- Merci H."

Je porte, dans mes chaussons de Maghniyya, des chaussettes noires achetées sur ebay. Mauvaise qualité telle que je dois en porter deux paires à la fois.


D. et A., enquêteurs intérimaires de ma classe, ont examiné les semelles de chaque élève pour savoir qui avait laissé une empreinte de chaussures suspectes près d'un graffiti à la craie bleue disant : "la directrice grosse pute".
Heureusement, il va pleuvoir dans quelques jours.
Le mari de la directrice a un double cancer. Elle pleure tous les jours. Nous, on la regarde.

Je porte un bas de pyjama rose à fleurs, cadeau "Damart" que ma grand-mère a choisi pour me rendre service. Ca me rend service. Ce n'est ni laid ni beau. Exactement comme ma famille.

Les arbres, les arbres. Je peux répéter le mot cent fois. Ce n'est pas la chose, mais le mot.

Je me souviens soudain d'une préface de nouvelles, les Pincengrain, Jouhandeau. Il parlait du mot "mais", disait qu'on l'employait à tout propos. On devrait dire "et". C'était peut-être quelqu'un d'autre. Ca m'est égal. Je l'ai lu. J'étais en à Madras. Je suais à grosses gouttes.

Marion mange avec L qui revient de Syrie. Je n'y suis pas allée depuis 15 ans. Nous y avions rencontré dans le hall d'un hôtel qui n'était pas le nôtre un dessinateur. Mahmoud Bey. Il nous avait invité pour un arak. Il fumait comme un trou, buvait comme un pompier. Mon père m'a emmené partout. Je ne le regrette pas.

D. imite Homère. J'imite Marge. On a dit aujourd'hui dans la classe que S. ressemblait à Lisa. Nous regardons tous les Simpson. J'ai 8 ans et je suis en CE2.

En haut, je porte un tee-shirt Benetton siglé BNT 65. C'était le cadeau de mon père pour mon brevet. Koweït. 1993. Trois trous de mite. C'est la sexy attitude ce soir. Mais que pourrais-je en dire si j'écrivais pour Jeune & Jolie ?

Marion rentre. Je t'aime. J'ai envie de toi.





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Dimanche 18 mai 2008
Elle m'a dit que ce que j'écrivais était mièvre.
J'ai répondu : je suis désolée, c'est tout ce que je suis capable d'écrire en ce moment. Les gamins prennent toute la place. Je suis bien dans ma vie. Pourquoi mièvre ?
Elle m'a dit : tu ne vas pas au bout de ce que tu veux dire, de ce que tu es. C'est plat. Tu t'arrêtes avant.J'ai dit : c'est vrai.
C'était un compliment, pour m'aider.
J'ai compris : exprime ta violence en mots avant qu'elle ne s'exprime autrement.
Okay. Ca va barder. Ca va être du lourd.
Je n'ai plus envie d'être comme ça.

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Vendredi 9 mai 2008
Voilà. C'est déjà l'été. Et du repos en pagaille.
Je porte une superbe ceinture dorsale à faire rougir un adepte des sports SM. Elle est toute neuve et on peut faire plein de trucs avec. Surtout quand je la porte avec rien en dessous. Très Jean-Paul Gaultier, a dit mon kiné qui ressemble étrangement à Bernard Kouchner il y a quelques années.
Je ne lis plus, les visites à la maison ne permettant aucune intimité raisonnable. Je ne regarde plus de films étant vannée à la sortie de l'école. Je n'écris plus ici, ayant l'interdiction informelle de m'asseoir.
Je fais du bricolage. Aujourd'hui, j'ai acheté une douille pour l'ampoule de la cuisine car les propriétaires avaient eu l'idée saugrenue d'en acheter une en plastique. Résultat : elle a fondu. Et comme j'avais trouvé un tournevis (taché de sang ?) dans la forêt de Taverny - peut-être est-ce le tien, cher lecteur - j'ai pu revisser les mini-vis autour des fils bleu et rouge.
Je fais du ménage. Quatre lessives aujourd'hui.
Je prépare du matériel pour fabriquer un camp romain avec les enfants avec des cagettes en bois, du carton, et, peut-être, des bâtons d'eskimaux. Je me demande si l'effet "fossé rempli d'eau" sera mieux rendu avec du crépon bleu profond ou avec du papier d'alu peint en bleu... Bref, des questions capitales.
Je fais de la cuisine : avec des courgettes, du poulet rôti et un pamplemousse je me débrouille. Si, si.
Je ne suis plus trop sûre du père de l'enfant, mais ce n'est pas grave parce que ce n'est pas à moi de choisir à vrai dire, ayant toujours été choisie la première dans tout ce qui est important.
par would-be publié dans : emily
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vidi-oz & mjusök

Kanaa Kandenadi - Parthiban Kanavu, 2003



Daphne, Le petit navire, 2008
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