Ah... D. Mermet...
Une année scolaire qui se termine. Jeux de société, goûters, énigmes, jeux de pistes, jeux de mimes, jeux de rôles, jeux de dupes, jeux amoureux. Je ne suis pas présente à l'école, et ça me
manque. Je reste là. Je regarde des séries larmoyantes sur meuhsix, je pense à eux. Je leur ai fait faux-bond. Qu'est-ce qu'ils s'imaginent ? Un élève abandonné par sa maîtresse, ce n'est jamais
qu'un enfant trahi.
Lors de la remise des livrets scolaires, je n'étais pas là. Mais je leur avais pondu à chacun un petit texte, quelque chose d'orginal. Les nuls, les fortiches, les irréductibles paresseux, les
résolument brillants, ils ont tous reçu ma confiance. Sans eux, je m'emmerde. Royalement. Plus assez d'amour reçu pour pouvoir en rendre. Rendre.
Chaque année, je prends de l'âge quand eux ne prennent pas une ride. Un jour, moi aussi, on me traitera de
vieille peau. Old hag. Vu les mg de nicotine que j'aspire, ça ne saurait plus tarder. Je ne me fais pas de bile.
Je ne porte jamais de robe, mais les petites filles me dessinent
toujours en robe de princesse. Les garçons, eux, racontent à leurs parents que je m'amuse à faire un dribble avec eux sur le chemin du réfectoire. K. raconte, lui, qu'au volley, j'étais là aussi.
Et B. pensera à moi chaque fois qu'il entendra "6 fois 8 ?".
Ma valise sans format se remplit de petit matériel de voyage.
J'ai déjà vécu deux ans en Inde, mais voilà que j'y retourne.
Boucle bouclée, page vierge. Rebelote. Vaccins, répulsif anti-moustiques, lunettes de soleil, sandalettes, visa. Ordonnance. Je stresse encore plus. J'ai hâte de cette moisture si
particulière à faire goûter un petit LU, des ventilos au-dessus de ma tête, des Rava Dosai, des sorties en scooter, de la mer, et je suis effrayée à l'idée des mauvais souvenirs indiens. La
promiscuité, l'eau qu'il ne faut pas boire au robinet, les cafards, les chiens et les cochons errants, les ouistitis, les iguanes, la chaleur accablante, la circulation oppressante, la pollution
noire à l'intérieur des coudes et au creux des rides, le bruit des groupes hindous réveillant le quartier à 4 heures du matin, les arnaques des chauffeurs d'auto-rickshaws. Se battre, toujours se
battre, pour être servi, pour passer le premier, pour traverser la rue, pour marcher le long de routes sans trottoir, pour se faire respecter... Il faudra que je pense à ne pas utiliser ma
main gauche pour payer et manger, à balancer ma tête pour dire oui, à croiser les gens par la gauche, à ne pas attendre, jamais, jamais, attendre...
Maintenant, il est encore plus tard que tard. Je n'attends rien. Je ne m'attends à rien.
Je vais m'endormir et rêver. Maintenant.