J'ai pris une douche. Ca va mieux.
Marre des gens qui écrivent comme s'ils bossaient chez Cosmo ou Psychologie Magazine.
Mes pieds sont au chaud dans des
sandales en skai hyperbrodées (comme "hyperprotéiné") achetées en Algérie l'hiver dernier. Que pourrais-je en dire si je travaillais chez Cosmo ? C'est flop ? C'est top ? C'est "l'erreur
accidentelle glamour" ? Merde. Yech.
Les enfants m'ont fait rire aujourd'hui.
Vraiment. J'ai décidé de leur apprendre à accepter l'erreur. Ca m'a pris comme ça. J'ai donc proposé un exercice dont le résultat ne peut être qu'approximatif : reproduire une carte de la Gaule à
main levée. Chez certains, ce n'est pas commode. Ils sont très mal à l'aise. Ils refusent de rendre un travail "mal fait". Je les encourage. Je les aime. Ils rendent petit à petit leurs travaux.
Je chantonne toute la journée à tout propos. Certains m'imitent gentiment. H. reprend "C'est un beau roman d'amitié..." en taillant son crayon, chanson d'Elsa que j'ai chantée trois fois
aujourd'hui en regardant O et I se faire des mamours. H. est français. Cent pour cent sénégalais. Il a décidé de commencer à travailler il y a trois semaines ("j'arrête les bêtises, c'est bon,
c'est fini, maîtresse").Du coup, je lui donne de l'importance.
"H. ?
- Oui, maîtresse.
- Qu'est-ce qui est le plus grave :
la bêtise ou le mensonge ?
- le mensonge.
- Merci
H."
Je porte, dans mes chaussons de
Maghniyya, des chaussettes noires achetées sur ebay. Mauvaise qualité telle que je dois en porter deux paires à la fois.

D. et A., enquêteurs intérimaires de ma classe, ont examiné les semelles
de chaque élève pour savoir qui avait laissé une empreinte de chaussures suspectes près d'un graffiti à la craie bleue disant : "la directrice grosse pute".
Heureusement, il va pleuvoir dans quelques jours.
Le mari de la directrice a un double cancer. Elle pleure tous les jours. Nous, on la
regarde.
Je porte un bas de pyjama rose à fleurs, cadeau "Damart" que ma
grand-mère a choisi pour me rendre service. Ca me rend service. Ce n'est ni laid ni beau. Exactement comme ma famille.
Les arbres, les arbres. Je peux répéter le mot cent fois. Ce n'est pas
la chose, mais le mot.
Je me souviens soudain d'une préface de nouvelles, les
Pincengrain, Jouhandeau. Il parlait du mot "mais", disait qu'on l'employait à tout propos. On devrait dire "et". C'était peut-être quelqu'un d'autre. Ca m'est égal. Je l'ai lu. J'étais
en à Madras. Je suais à grosses gouttes.
Marion mange avec L qui revient de Syrie. Je n'y suis pas allée depuis
15 ans. Nous y avions rencontré dans le hall d'un hôtel qui n'était pas le nôtre un dessinateur. Mahmoud Bey. Il nous avait invité pour un arak. Il fumait comme un trou, buvait comme un pompier.
Mon père m'a emmené partout. Je ne le regrette pas.
D. imite Homère. J'imite Marge. On a dit aujourd'hui dans la classe que
S. ressemblait à Lisa. Nous regardons tous les Simpson. J'ai 8 ans et je suis en CE2.
En haut, je porte un tee-shirt Benetton siglé BNT 65. C'était le cadeau
de mon père pour mon brevet. Koweït. 1993. Trois trous de mite. C'est la sexy attitude ce soir. Mais que pourrais-je en dire si j'écrivais pour Jeune & Jolie ?
Marion rentre. Je t'aime. J'ai envie de toi.

par would-be
publié dans :
emily
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