Je peine à m'endormir depuis une heure. Je me relève. Le poids de la classe qui courbe mes épaules en arc de cercle, en arc en ciel, en
giboulées décalées. Je cherche des bouts de phrases, des bouts de mots. Je vois des doigts qui se lèvent. Voici déjà mercredi. Avant la prochaine lumière et le prochain comprimé, je me comprime,
je déprime sagement. Et soudain pourtant un éclair, quelque chose qui sourde, quelque chose qui se fissure encore, mais avec moins de désespoir qu'avant, avec un je ne sais quoi de vrai et de
certain : l'enfant viendra. C'est vrai, c'est certain, c'est possible, c'est ça ! Il est dans mon ventre depuis cet été de mes 22 ans où pour la première fois je l'ai senti en moi. Il vit. Il a
un prénom, deux prénoms. Il a une maman, une seconde maman. Une maman du matin et une maman du soir. Une maman du confort et une maman de l'effort. Deux mamans qui se sont choisies pour l'enfant.
Et depuis ce soir, il a aussi un papa. Un papa qui ne le sait pas. Et si je me trompe, si je me perds, si j'exagère, il faudra que j'encaisse, que j'emballe mes nuits dans du papier de verre, que
je me fasse toute petite à l'intérieur. Si je me leurre, il faudra tout reprendre. Et je reprendrai tout. Comme on détricote le dernier rang d'un pull-over, comme on passe la gomme sur le contour
d'un corps.
par would-be
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emily
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