Mardi 27 mai 2008
Grosses larmes. Je ne sais plus où j'en suis. C'était samedi, dimanche. Une fin de semaine nullissime. Je prends tout à revers. Plus envie de rien. Doutes. Défaitisme. Film homo à pleurer.

Le soir, film de cul hétéro à mourir de rire (une sorte de peplum érotique en costumes complètement anachroniques, avec des dialogues inoubliables : "Mais... Si Augustus part faire la guerre, il ne pourra plus apaiser le feu qui brûle tout en bas de moi...", dit une nunuche perverse vêtue d'un rideau bleu en polyamide (oui, en effet, le doublage - de la langue, pas du rideau - ne faisait pas partie du prix du film).

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Je ne pourrai jamais avoir d'enfant. Je ne pourrai plus jamais faire de sport, conduire une voiture, aimer avec une douce violence. Je serai toujours malheureuse. Je n'aurai jamais un métier que j'aime. Je vieillirai moche (pas longtemps), seule, et pauvre d'un cancer lié à la cigarette ou aux chips. Avec des boutons et de la cellulite au bas des fesses.
Grosses larmes. Envie de dormir. Enorme fatigue qui s'abat sur moi.


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D'accord. Je déprime.

Marion me montre des coussins. Je joue à Rocky. Développement de personnalité sur moblier IKéA. "Allez, tu tapes comme une fille là... ! Met tes poings comme ça ! Arrête d'utiliser ton coude pour te défendre ! Bouge tes jambes, garde ta gauche, arrête tes moulinets !" Je frappe. Je frappe. Je frappe. Droite, gauche, droite, gauche, droite, droite, droite... Je ris. J'arrête. Ca va. Je suis calmée. Je souffle, je m'allonge, j'écoute mon coeur. Merci.

Anniversaire de rencontre. Je lis Calvin et Hobbes.

J'ai appris aujourd'hui que la directrice me faisait 100 % confiance pour commencer le CP l'année prochaine. Ah bon ?

J'ai appris que le père que j'avais choisi une nuit était d'accord et que l'autre maman l'était aussi. J'apprends à parler de cet enfant comme d'une chose possible et positive. Pas comme d'un regret. Marion me dit : "il a de belles mains, il a une belle peau, c'est important une belle peau, je ne voudrais pas d'un enfant plein de boutons !" Je renchéris : "il est bien foutu, non, dans l'ensemble ?" On regarde ce vieil ami comme une bête de salon. Bah quoi ?

J'ai appris que je devais encore attendre à cause du dos.

D'après la radiographie, j'ai perdu environ deux centimètres depuis l'opération (si ça continue, je vais faire  3 mm et je mériterais vraiment ce surnom de fourmi). Mes vertèbres se sont quasiment soudées, ce qui laisse croire que la quasi totalité du disque a été enlevée. Je ne veux pas d'autres opérations. Ma colonne s'est légèrement courbée pour s'adapter à ces deux vertèbres collées. Je continue le kiné. J'apprends à vivre avec. Mais je n'ai pas le droit de m'asseoir trop longtemps.

Le voyage est annulé pour cet été. On ira moins loin. Pas grave. Ca ira. On s'en sortira.

Bon anniversaire les trentenaires. Tant que nous sommes -tenaires, tout va...



Et puis, dernière chose. En classe, depuis deux jours, je suis grave énervée. Bavardages, bavardages, bavardages. Untel tombe de sa chaise, l'autre lance une gomme, les numéros 3 et 4 bataillent avec des équerres, number five m'appelle toutes les deux secondes pour me montrer sa feuille comme les petits qui montrent leur pot... TRES sollicitée, j'avoue que j'ai parfois les nerfs qui craquent. Vers 16h, n'en pouvant plus, je dis TRES fort à machin : Mais tu as été fabriqué où, toi ?!
A 16h30, en bas de l'escalier, F. et A. devisent : Y a machin qui tombe de sa chaise, y a l'autre qui ne fait pas son travail, y a truc et bidule qui parlent toute la journée...
Moi : Ils sont bizarres quand même les garçons de la classe...
Réponse d'un D. qui écoutait derrière : Normal, maîtresse, i z-ont été fabriqués en Chine, c'est pour ça, qu'i fonctionnent pas bien, y a tout le temps des pannes...
Ah, enfin, je ris, ça fait du bien.

Je pense quand même à part moi qu'un de ces jours je vais envoyer des réclamations au contrôle technique (quand j'aurai digéré le "chinois sans peine").
par would-be publié dans : emily
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Samedi 24 mai 2008
et l'arbre
c'est en moi
qu'il pousse
je continue
en lui


Henri Meschino, Et la terre coule, Arfuyen, 2006.

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Une cigarette ou une nuit de choucas ?

Marion discute ce midi de mes mots écrits en Allemagne après avoir lu Désert. Je ne me suis pas relue depuis longtemps. Ca ne m'intéresse plus. Je ne m'intéresse plus. Pourtant je persiste à croire que je ne sers pas à rien. Sinon, je ne serais pas là. Elle pense comme moi. Faut biffer, faut garder. Ca c'est bon. Ca c'est con. Ca c'est beau. Ca c'est trop. Je raye dans ma tête. Les mots grandiloquents, la solennité d'étudiante en lettres, le ton distancié de Diderot, la métempsychose d'Hugo, la mélancolie de Platonov.

Je pense au "pédé pour vieux", fils de mon amie. C'est ce que ses copains ont écrit sur son "livre d'or de Terminale". Gigolo. "Sade du XXe siècle". Ah ! la tête qu'elle a dû faire ! Je viens de regarder "Ronde de nuit". J'ai emprunté "Les garçons du trottoir". Croisé à la médiathèque deux de mes élèves qui jouaient sur des PC. J'avais les deux DVD d'Antiprod dans une main et La potion magique de Georges Bouillon de Roald Dahl dans l'autre. Calvin et Hobbes cachaient le tout. Des strates. Ils ne sauront jamais. Ils partagent chacun un secret avec moi. Untel est insulté par sa mère. Une telle dort avec elle. Le troisième ne voit plus son père depuis deux ans. Bonjour, maîtresse. Ils sont grands. L'an dernier, les CP devenaient de glace s'ils me croisaient dans la rue. La maîtresse a une vie, elle existe en dehors de la classe !

On m'appelle. On me dit qu'il faut manger. Je n'ai pas faim. Je ressortirai tout à l'heure.

par would-be publié dans : emily
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Jeudi 22 mai 2008
J'ai pris une douche. Ca va mieux.
Marre des gens qui écrivent comme s'ils bossaient chez Cosmo ou Psychologie Magazine.

Mes pieds sont au chaud dans des sandales en skai hyperbrodées (comme "hyperprotéiné") achetées en Algérie l'hiver dernier. Que pourrais-je en dire si je travaillais chez Cosmo ? C'est flop ? C'est top ? C'est "l'erreur accidentelle glamour" ? Merde. Yech.

Les enfants m'ont fait rire aujourd'hui. Vraiment. J'ai décidé de leur apprendre à accepter l'erreur. Ca m'a pris comme ça. J'ai donc proposé un exercice dont le résultat ne peut être qu'approximatif : reproduire une carte de la Gaule à main levée. Chez certains, ce n'est pas commode. Ils sont très mal à l'aise. Ils refusent de rendre un travail "mal fait". Je les encourage. Je les aime. Ils rendent petit à petit leurs travaux. Je chantonne toute la journée à tout propos. Certains m'imitent gentiment. H. reprend "C'est un beau roman d'amitié..." en taillant son crayon, chanson d'Elsa que j'ai chantée trois fois aujourd'hui en regardant O et I se faire des mamours. H. est français. Cent pour cent sénégalais. Il a décidé de commencer à travailler il y a trois semaines ("j'arrête les bêtises, c'est bon, c'est fini, maîtresse").Du coup, je lui donne de l'importance.
"H. ?
- Oui, maîtresse.
- Qu'est-ce qui est le plus grave : la bêtise ou le mensonge ?
- le mensonge.
- Merci H."

Je porte, dans mes chaussons de Maghniyya, des chaussettes noires achetées sur ebay. Mauvaise qualité telle que je dois en porter deux paires à la fois.


D. et A., enquêteurs intérimaires de ma classe, ont examiné les semelles de chaque élève pour savoir qui avait laissé une empreinte de chaussures suspectes près d'un graffiti à la craie bleue disant : "la directrice grosse pute".
Heureusement, il va pleuvoir dans quelques jours.
Le mari de la directrice a un double cancer. Elle pleure tous les jours. Nous, on la regarde.

Je porte un bas de pyjama rose à fleurs, cadeau "Damart" que ma grand-mère a choisi pour me rendre service. Ca me rend service. Ce n'est ni laid ni beau. Exactement comme ma famille.

Les arbres, les arbres. Je peux répéter le mot cent fois. Ce n'est pas la chose, mais le mot.

Je me souviens soudain d'une préface de nouvelles, les Pincengrain, Jouhandeau. Il parlait du mot "mais", disait qu'on l'employait à tout propos. On devrait dire "et". C'était peut-être quelqu'un d'autre. Ca m'est égal. Je l'ai lu. J'étais en à Madras. Je suais à grosses gouttes.

Marion mange avec L qui revient de Syrie. Je n'y suis pas allée depuis 15 ans. Nous y avions rencontré dans le hall d'un hôtel qui n'était pas le nôtre un dessinateur. Mahmoud Bey. Il nous avait invité pour un arak. Il fumait comme un trou, buvait comme un pompier. Mon père m'a emmené partout. Je ne le regrette pas.

D. imite Homère. J'imite Marge. On a dit aujourd'hui dans la classe que S. ressemblait à Lisa. Nous regardons tous les Simpson. J'ai 8 ans et je suis en CE2.

En haut, je porte un tee-shirt Benetton siglé BNT 65. C'était le cadeau de mon père pour mon brevet. Koweït. 1993. Trois trous de mite. C'est la sexy attitude ce soir. Mais que pourrais-je en dire si j'écrivais pour Jeune & Jolie ?

Marion rentre. Je t'aime. J'ai envie de toi.





par would-be publié dans : emily
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Dimanche 18 mai 2008
Elle m'a dit que ce que j'écrivais était mièvre.
J'ai répondu : je suis désolée, c'est tout ce que je suis capable d'écrire en ce moment. Les gamins prennent toute la place. Je suis bien dans ma vie. Pourquoi mièvre ?
Elle m'a dit : tu ne vas pas au bout de ce que tu veux dire, de ce que tu es. C'est plat. Tu t'arrêtes avant.J'ai dit : c'est vrai.
C'était un compliment, pour m'aider.
J'ai compris : exprime ta violence en mots avant qu'elle ne s'exprime autrement.
Okay. Ca va barder. Ca va être du lourd.
Je n'ai plus envie d'être comme ça.

par would-be publié dans : emily
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Mardi 13 mai 2008
C. était quelqu'un de chou. C'est le mot : chou. Chouchou.

Par exemple, ce genre de trucs, ça l'aurait fait sourire.

Je suis sadique avec les gamins, mais ils sont toujours plus forts que moi.

Ce midi, comme tous les jours, je mange "à la cantine". Ou, plus précisément, je vais chercher mon plateau à la cafétéria, je me glisse entre deux élèves, prends à toute allure mes plats "pour adulte", écris mon nom sur un grand cahier et file dans la "salle des traîtres" avaler mes petits pois dégoûtants dans un silence étourdissant.

Voilà. Ce midi, je me retrouve devant Mikael et Maxime, deux élèves de CP (si vous ne voyez pas ce que c'est... C'est un enfant d'environ 6-7 ans, avec une bouche édentée). Au niveau du yaourt sur la file de la cafèt', (ou du "yaour" comme dirait mamy, beurk), je vois Mikael prendre un pot à la vanille et s'exclamer : "oh, de la banane, c'est chouette, eh"... et il pousse du coude son pote devant, "moi j'en prends un à la banane, c'est vraiment très bon la banane...". C'est là que j'interviens, mi-ange mi-démon : "euh... c'est pas de la banane, regarde, c'est de la vanille"... Y m'écoute pas le petit gars, alors je lui répète pour révéler l'utilité de ses connaissances en lecture : "c'est de la vanille, bonhomme, regarde... va..." En fait, ça chauffait veugra sous sa tignasse blonde, car je l'entends dire à son poteau : "c'est de la vanille, mais c'est de la banane, pour moi c'est de la banane, c'est bon si on dit que c'est de la banane"...

Finalement, réflexion d'adulte : ça sert à quoi de dire qu'Israël occupe illégalement le territoire palestinien depuis 41 ans puisque c'est bien plus "bon" de dire que c'est pour des questions de sécurité ? T'as beau lire des articles, écouter les témoignages des gens qui rentrent de là-bas, de ceux qui y ont vécu, t'y crois jamais vraiment...

Evidemment, la fin de cet article, C, ça ne l'aurait pas fait rire...
par would-be publié dans : école
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Vendredi 9 mai 2008
Voilà. C'est déjà l'été. Et du repos en pagaille.
Je porte une superbe ceinture dorsale à faire rougir un adepte des sports SM. Elle est toute neuve et on peut faire plein de trucs avec. Surtout quand je la porte avec rien en dessous. Très Jean-Paul Gaultier, a dit mon kiné qui ressemble étrangement à Bernard Kouchner il y a quelques années.
Je ne lis plus, les visites à la maison ne permettant aucune intimité raisonnable. Je ne regarde plus de films étant vannée à la sortie de l'école. Je n'écris plus ici, ayant l'interdiction informelle de m'asseoir.
Je fais du bricolage. Aujourd'hui, j'ai acheté une douille pour l'ampoule de la cuisine car les propriétaires avaient eu l'idée saugrenue d'en acheter une en plastique. Résultat : elle a fondu. Et comme j'avais trouvé un tournevis (taché de sang ?) dans la forêt de Taverny - peut-être est-ce le tien, cher lecteur - j'ai pu revisser les mini-vis autour des fils bleu et rouge.
Je fais du ménage. Quatre lessives aujourd'hui.
Je prépare du matériel pour fabriquer un camp romain avec les enfants avec des cagettes en bois, du carton, et, peut-être, des bâtons d'eskimaux. Je me demande si l'effet "fossé rempli d'eau" sera mieux rendu avec du crépon bleu profond ou avec du papier d'alu peint en bleu... Bref, des questions capitales.
Je fais de la cuisine : avec des courgettes, du poulet rôti et un pamplemousse je me débrouille. Si, si.
Je ne suis plus trop sûre du père de l'enfant, mais ce n'est pas grave parce que ce n'est pas à moi de choisir à vrai dire, ayant toujours été choisie la première dans tout ce qui est important.
par would-be publié dans : emily
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vidi-oz & mjusök

Kanaa Kandenadi - Parthiban Kanavu, 2003



Daphne, Le petit navire, 2008
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