Mardi 29 avril 2008
Quand on a plusieurs choses très différentes à raconter, faut-il écrire un seul article ou plusieurs ? Comment ferais-je s'il s'agissait de mon journal intime ?
"Je ferais une dissertation. Et toi, tu ferais le voleur..."

1) Intermusicalité




Passé plusieurs heures à écouter un album des Throwing Muses, le groupe américain "le plus british" (ah, ces formules à la Télérama) du tournant des années 80-90, The Real Ramona, paru en 1991. J'y retrouve le son particulièrement daté des Smiths (bien spécifique des productions de ce temps-là), les dysharmonies rebelles des Breeders, la fougue d'une Patti Smith, et ce petit plus "hystérique" d'Elastica. - Pourquoi je dis ça, moi ? J'aime beaucoup. Et cela me fait du bien d'écouter un disque, le cerveau vierge de toute critique ou promotion. J'ai l'impression que ça vient de sortir et, pour moi, c'est une musique sans résonnance particulière, sans histoire. Au bout de quelques écoutes, voilà que je repère un morceau, le numéro 4, intitulé "Graffiti". Je m'accroche à la mélodie de basse. Ca me fait penser à de la variété française époque "Pierre Richard" ou "Viens chez moi, j'habite chez une copine", Bachelet, Souchon, Kosma... Ecoutez plutôt.

The Throwing Muses, Graffiti


Chouette, non ?


Elle rentre, je le lui fais "voir". Entendre entendre.  On cherche. Elle trouve Police. Je propose Souchon. On se rapproche. C'est le genre d'activités que j'aime, avec Explorasound comme outil. Voilà un jeu que nous n'aurions pu faire il y a quelques années.

Police, Every breath you take





Alain Souchon, La balade de Jim

Alain Souchon - La ballade de Jim
 
 


Evidemment, ne me le demandez pas, je vous réponds, oui, je vais acheter le dernier Portishead, comme tout le monde. (Mais, contrairement, à d'autres, je ne suis pas allée voir les Chtis ou même Camping ou même Disco ou Les Bronzés... Donc, culture unique, oui, je n'y échappe pas, mais plutôt la clique Inrocks-Bernard Lenoir-Arte que Le Nouvel Obs-Canal Plus-MK2.)

2) Littérature



Je voulais adresser un très léger coup de boule zidanesque à celles et ceux qui qualifient et, du même coup, trient les oeuvres littéraires en deux catégories : glauque / pas glauque. C'est très laid de faire ça. C'est nul. Cela n'a aucun sens. Je ne comprends pas. Bouh....
Bon, ok, j'avoue, des fois, le glauquissime influence de trop près la qualité ; je pense par exemple au Tombeau pour 500 000 soldats de Guyotat. Chiantissime ET glauquissime. Mais quelle peinture de l'horreur de la guerre d'Algérie ! Inégalée ! Quelle affreuse vérité sur la vie de trouffion ! Inouïe ! Enfin, quelqu'un pour nous faire ressentir ce que c'est que d'être soldat aux pleins pouvoirs ! Ce que c'est que de voir des cadavres gonflés d'eau et visités par les vers (cf. la Biomüll grouillant de würme dans la cuisine de Tübingen), l'estomac servant de cachette aux rats, ce que c'est que de voir des hommes tyranniques enculer des chiens... En fait, hum... c'est à lire à toutes petites doses à la fois. Disons que LF. Céline, à côté, c'est le magazine Nous Deux. Mais je ne me permettrais jamais de jeter ce livre sous prétexte exclusif de sa glauquitude !
A part cela, je suis bien soulagée d'avoir terminé La Véranda, de Satta. Pfiou. En fait, ce n'était pas si mal. L'ennui de lecture rejoignait l'ennui du narrateur et ça finissait par devenir essentiel de le ressentir ainsi. D'ailleurs, dans les dernières pages du livre, le héros sort enfin du sanatorium et on le voit arpenter les premières rues de la ville, écouter les bruits de klaxon, respirer la puanteur urbaine, regarder les femmes se dandiner (de "vraies anguilles" !), manger au retaurant, et nous sommes dans le même état : tout nous paraît irréel (après plusieurs mois passés en montagne au sanatorium) et tout à coup, vraiment, on a envie de l'accompagner, de continuer avec lui, de renaître avec lui. Mais c'est terminé. Voici la Quatrième de couverture. Et c'est presque dommage. J'aurais bien continué avec La Montagne magique, mais je l'ai déjà lu et, de toute façon...
Je crois que Lucien Leuwen m'attend...



J'ai lu pour la première fois la revue de littérature étrangère  Transfuge. J'ai bien aimé. Il y a même un article sur Morrissey. Par contre, je trouve regrettable que le magazine Philosophie (attention, je n'ai pas écrit "Psychologie") trouve plus vendeur d'afficher des nus en couverture même, et surtout, quand ça n'a rien à voir avec le contenu. Ou alors, on peut présupposer qu'au contraire, tout ce qui est philosophique a rapport au sexe, ce qui n'est peut-être pas faux. Voyez, par exemple, cette facilité avec laquelle on peut faire des blagues sur les bites à propos de tout et n'importe quoi. Je pourrais, moi-même, apposer le mot "bite" (et le mot "chatte", ne soyons pas sectaires) parmi les tags de mon blog... Serais-je mensongère pour autant ? En tout cas, j'aurais plus d'audience.

3) Technologie



J'ai changé de portable gratuitement. (Par contre le panier de la ménagère a encore augmenté !) Je me sens à la fois dégoutée et fascinée : il fait tout. Et encore, je n'ai pas encore chargé le logiciel qui va me permettre de transférer les vidéos et photos du téléphone sur l'ordinateur.
L'autre jour, dans le RER qui me ramenait d'un château fort de banlieue, j'étais captivée par un très jeune couple et leur bébé d'environ 8 mois qu'ils faisaient jouer sur la banquette, un bébé très souriant, des parents calmes, pas riches, mais derrière lesquels on sentait la présence des beaux parents. Le papa prenait bébé contre lui, bébé voulait attraper ses lunettes, maman prenait des photos avec un appareil numérique...
J'ai repensé à cet article que j'avais lu dans le Monde sur la durée de vie des supports numériques... Dix à quinze ans d'après l'article. On n'a jamais fait autant de photos de bébés qu'aujourd'hui. Mais ce bébé-là ne pourra pas montrer grand chose de son enfance à ses enfants et encore moins à ses petits-enfants. Enregistrées sur le disque dur, imprimées parfois (mais avec quel matériel), gravées ensuite sur CD quand il faudra changer d'ordinateur, réenregistrées sur le nouvel appareil, réimprimées peut-être, ces images perdront peu à peu de leur qualité, on le sait.
Ma mémoire pré-scolaire, je la dois uniquement aux photographies qui l'ont nourrie. Vues depuis le plus jeune âge, revues au fil du temps, elles m'ont permis de fixer des événements. Je plains ces nouvelles générations qui n'auront que des restes de pixels à regarder lorsqu'ils seront adultes.

4) Temps

Je suis obsédée par le temps qui me reste.
Combien de temps puis-je écrire sans m'arrêter ?

Allez, va dormir Gogol...
par would-be publié dans : emily
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Vendredi 25 avril 2008


Hier nuit, je bavardais sans cesse dans ma tête. "Tu me fais jouir de mieux en mieux. Tu me fais jouir de mieux en mieux." Deux phrases voletaient de rail en rail à la hauteur de la gare de Châteauroux. Papillons nocturnes.
J'écrirais bien un roman vierge qui prendrait racine à la gare de Châteauroux. La plus triste que je connaisse. Sur du calque gris. Rien, je ferais deux ou trois pâtés d'encre de Chine. Maîtresse, je peux faire de l'encre chinoise ? Taisez-vous les enfants. Pour le moment, je ne veux plus vous voir, ne veux plus vous entendre. Je fais justement des projets sur la comète pour penser à vous sans vous connaître vraiment.

Menu sushi en arrivant. Avocat. Du diable. En Prada. Mon voisin Totoro. Coupelle de fruits secs. Fin des conciliabules sans fil. Maintenant, elle et moi, nous parlons. Maintenant, nous nous touchons. Maintenant, elle dit : je ne veux pas faire quelque chose qui fasse qu'on m'abandonne, toi ou quelqu'un d'autre. Maintenant, je dis : je t'aurai à l'usure. Je t'aime. Dans le bus dort un clochard à l'odeur de  vieux cantal. J'ai l'estomac au  bord des lèvres. Bienvenue à Paris, bienvenue à Paris. Tu me fais jouir de mieux en mieux. On parie ? Enlève ton pull, ça gratte. Laisse-moi poser là un baiser riche du temps qui a passé sans toi.

J'achète l'Echo des Savanes et les Cahiers de Sciences et vie spécial Carthage. Je ris à haute voix en première classe. Nous nous enfonçons dans des fauteuils crème empruntés à des avions Air France 1985. Une jeune femme donne le sein à un nouveau-né. Sans doute le sien. Je souris.
Hélène Bruller dans l'Echo. C'est intelligent comme journal. Elle a raison de le dire.
Dans l'allée du wagon 12, je vois défiler les armées romaines et nubiennes. Guerres puniques. Punique ? Punique. Pourquoi est-ce que ça s'appelle "punique" ? Je retiens Didon et Enée. Je les chéris. Pour délimiter l'enceinte de la ville de Carthage, Elissa-Didon, fille du roi Mattan de Tyr, a négocié une surface aussi grande qu'en pourrait contenir la peau d'un boeuf. Elle en fit de si fines lanières qu'elle obtint un périmètre suffisant pour y édifier une ville. Chapeau !
Moi, j'ai juste réussi le Super Banco du jeu des Mille Euros ce midi. Question : Qui est l'auteur de le Ferme des animaux ? Les candidats ont su répondre à des trucs incroyable (du style : qui a créé la Caisse d'Epargne ?), mais sur ça, ils flanchent... Vous pouvez répondre, vous ? (Dans les conditions du direct, s'il vous plaît...) En tout cas, je ne sais pas couper une peau de boeuf en lanières. Mais... Imaginons... Si j'étais obligée de le faire... Ben... Alors je le ferais...

J
e pose le journal, bois un café, suce un M&ms bleu. Reprends mon livre italien : La Véranda. Je m'ennuie un peu avec les pensionnaires de ce sanatorium pour phtysiques. Pour un peu j'ai envie d'aller cracher pour voir si c'est rouge.

D
ans le train que je prends habituellement, ils ont "démixté" les toilettes. Je me trompe régulièrement. Il faut s'imaginer la tête du type qui attendait quand je suis sortie des toilettes hommes. Son regard allait du logo sur la porte à moi-même. Soudain, je n'étais plus très sûre de qui j'étais. J'ai feint de ne pas voir le manège. Ce n'est pas parce qu'on s'est trompé de sexe qu'il faut perdre toute dignité. Oh, son regard outré, courroucé. Alors, moi, hein, j'aurais pris sa place ! Quelle horreur ! En plus, je crois que j'ai laissé le battant ouvert. Il va croire que je fais pipi debout celui-là...

D
ans les tombes des habitants de Carthage, on glissait des masques censés éloigner les forces du mal. Je décide d'en mettre un sur le blog. Même si je ne suis pas morte. Ca marche peut-être...

par would-be publié dans : emily
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Mercredi 23 avril 2008

Merveilleusement bien dormi cette nuit. Eu conscience d'avoir eu très chaud sur les cuisses et mal dans le bas du dos, pris aussi conscience de la douceur du drap sur mes joues au tout petit matin... Mmmh... Je sais qu'il y en a qui travaillent, mais bon, tant pis. Faut profiter quand on peut.

Fait du vélo d'appartement. 20 minutes. Pouvais plus m'arrêter au bout d'un moment, trop bien. La transpipi commençait à perler au creux de mes coudes et ça gratouillait derrière les oreilles. J'avais oublié le pouvoir irritant des toxines. Et le pouvoir bienfaisant de l'effort. Du sport. C'est la seule position dans laquelle je ne souffre plus. Le cul sur la selle, les bras tendus. Alors j'y suis remontée à plusieurs reprises, même si ça m'écrase dangereusement le fond de culotte. Regardé sur ebay le prix des vélos en chambre... Pas cher, en fait, mais méga encombrant pour la chambre en question. Avantage : je pourrai en faire par temps de pluie, en pyjama, les cheveux dégueulasses en regardant des sitcoms sur France 4. A voir... Achat certainement plus intelligent qu'un scooter. Même si j'en rêve. M. a dit qu'il s'arrangerait pour que j'en ai un à disposition cet été. A condition que je cesse de marcher comme un robot.

Je me rends compte à quel point je suis pourrie-gâtée ici, dans ce trou de verdure où chante une rivière (qui déborde, plan orange, puis jaune oblige)... Je mange des tartes et des brioches qui portent des noms à coucher dehors, je m'enfile des tonnes de couscous, de paëlla, de poulet et de poisson, et, je ne prends pas un gramme. La grande classe.

Je regarde "la Nouvelle Star" en me gratouillant la plante des pieds. Juste par curiosité pour les bretelles argentées d'Amandine et par amour de la pilosité adorablement débordante d'Ycare...

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Mardi 22 avril 2008
Cette nuit, j'ai rêvé que j'étais la jeune fille au pair des princes d'Angleterre...

 Ce serait moi, en rouge sur la photo...
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Lundi 21 avril 2008

La vie continue, même s'il ne fait que dix pauvres degrés dans la maison.. Je m'installe face au radiateur électrique, les bouclettes dans le vent, et je fais des mots fléchés, et même des mots fléchés anagrammes. C'est une torture ces grilles, je m'endors en quinze minutes. Passionnant. Je voudrais bien faire autre chose mais ma cheville droite me déconcentre : trop de coucous. Pas de couscous, mais de coucous... J'ai mal, en clair.

Il faudra que je me réconcilie avec cette maison. Un jour...


Mon chat Simon (Saymonne) a disparu de l'endroit où je l'avais laissé, à Chennai. Ayant réchappé au Tsunami, il a décidé d'aller voir le monde, la vie pouvant se révéler si courte. C'est l'éveil de la "conscience de sa propre mortalité". Il est retourné, semble-t-il, au refuge où je l'avais trouvé il y a cinq ans. Le vétérinaire l'a redonné à une famille et lorsque Madame A. est venu s'en enquérir, il n'a pas voulu lâcher le nom des heureux propriétaires de Simon. Accablée, prise d'un chagrin énorme, trouvant impossible une vie sans lui, Madame A., au lieu de comettre l'acte fatal, s'en fut chez un ami à elle, protecteur des animaux, et ramena à la maison un nouvel animal pour lui tenir compagnie. Un "oignon', me dit son fils... Comment ça un "oignon" ? (Passent dans mon esprit des extraits du Tambour de Grass où il parle d'Allemands qui achètent des oignons pour s'aider à pleurer à la fin de la guerre. Je fais une sorte de pauvre lien par les larmes... Bof). Comment ça un "oignon" ? Je répète. J'entends un "bêêêê" convainquant sortir de mon téléphone portable. Ahhhhhhhhhhh ! Un AGNEAU ! Et là j'imagine Madame A., son salon, sa dinette, sa sieste et... son agneau...

La vie continue encore plus loin. Puisque le père est trouvé. Ca fait vieillir moins vite. Et de cela, nous allons discuter avec "beaucoup de douceur", a dit la maman de réconfort... Et de cela, nous sommes tous les trois ravis.
 

par would-be publié dans : emily
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Jeudi 17 avril 2008
Je suis dans une voiture, une voiture verte, métallisée. Je suis assise à l'arrière, un peu fatiguée, je me laisse conduire, il fait beau, c'est l'été, les vraies vacances, nous partons en vacances, une maison, la mer, des livres. Je ne dis rien, je suis bien, calme, reposée. Je n'ai rien à décider, rien à faire, juste me laisser aller au roulis de la voiture. J'ai confiance. J'autorise, je laisse faire, je permets enfin à mon corps de se relacher. Mon regard s'accroche aux fils électriques qui bordent le haut du cadre de la fenêtre. Je "rêvasse", sans concentration aucune. Je descends un peu la vitre, je veux sentir l'air frais, la nature. Je passe la tête au-dehors, je me fais des frissons, je ferme les yeux. J'ai toujours aimé la vitesse, les sports éoliens. Je suis bien, vraiment, et j'aime la sensation du vent dans mes cheveux, dans mon cou. Je me laisse aller, tout doucement. Je repense à nos mains qui se sont croisées dans la nuit, à la façon qu'elle a eu d'avoir envie de moi, à notre toute première nuit de marche, à la Pyramide du Louvre, le premier baiser. Je pense encore à l'enfant qui vient, à l'amour que j'ai pour elle, à la certitude que j'ai, au mot "compagne". Je pense que je suis enfin heureuse. Je prends le temps de le penser, de l'être. Ce sont les vacances après tout.
Soudain, ma tête heurte violemment un poteau. 
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Mardi 15 avril 2008
Je peine à m'endormir depuis une heure. Je me relève. Le poids de la classe qui courbe mes épaules en arc de cercle, en arc en ciel, en giboulées décalées. Je cherche des bouts de phrases, des bouts de mots. Je vois des doigts qui se lèvent. Voici déjà mercredi. Avant la prochaine lumière et le prochain comprimé, je me comprime, je déprime sagement. Et soudain pourtant un éclair, quelque chose qui sourde, quelque chose qui se fissure encore, mais avec moins de désespoir qu'avant, avec un je ne sais quoi de vrai et de certain : l'enfant viendra. C'est vrai, c'est certain, c'est possible, c'est ça ! Il est dans mon ventre depuis cet été de mes 22 ans où pour la première fois je l'ai senti en moi. Il vit. Il a un prénom, deux prénoms. Il a une maman, une seconde maman. Une maman du matin et une maman du soir. Une maman du confort et une maman de l'effort. Deux mamans qui se sont choisies pour l'enfant. Et depuis ce soir, il a aussi un papa. Un papa qui ne le sait pas. Et si je me trompe, si je me perds, si j'exagère, il faudra que j'encaisse, que j'emballe mes nuits dans du papier de verre, que je me fasse toute petite à l'intérieur. Si je me leurre, il faudra tout reprendre. Et je reprendrai tout. Comme on détricote le dernier rang d'un pull-over, comme on passe la gomme sur le contour d'un corps.
par would-be publié dans : emily
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Mardi 15 avril 2008
Il me semble que les heures passent sans moi.
Le matin nous réglons intentionnellement le réveil une grosse demi-heure avant l'heure du lever afin de nous blottir et de nous tranquilliser avant la journée, la main dans la main, le front contre le dos, le nez dans le cou, dans la chaleur du petit lit. Cela dure longtemps ainsi, avec Patricia Martin qui égrène les minutes dans le fond des oreilles, dans le fond des rêves qui commencent toujours dans les dernières minutes avant tout le reste de la journée. Après, c'est le thé, le pain grillé, le beurre, la confiture, les médicaments. La lumière et la solitude.

J'ai enfin terminé I saw Ramallah de Barghouti. C'est beau et tragique jusqu'au bout. Je viens d'attaquer Echenoz. Le titre importe peu pour le moment. Pour les connaisseurs, l'histoire se passe à la fois dans une galerie d'art et au cercle polaire. Je veux parler de l'écriture d'abord, puisque c'est ce qui saute aux yeux quand on passe d'un livre à l'autre. C'est le contraste qui parfois rend un livre intéressant. Echenoz. Un style un rien redondant, de phrase en phrase. Echenoz aime le crochet. Il brode de courts chapitres. Partisan des anaphores. Pas de points de suspension pour éveiller le suspense, mais des clôtures de chapitres très accrocheuses qui poussent le lecteur à tourner la page et à avancer. Pour le moment, c'est tout. C'est chez Minuit et je me demande pourquoi. Par habitude peut-être.

En ce moment, mes oreilles s'orientent telles des paraboles dans le désert et se mettent à vibrer au son de Tanya Donelly. Qui est-ce ? Musicienne de Boston née en 1966. Fonde les Throwing Muses avec Kristin Hersh (le titre Lithium, de Nirvana, c'était pour elle, paraît-il... ) où elle assure plutôt les back vocals et la guitare. Elle participe également à la création des Breeders avec Kim Deal (Pixies) en 1990. Les Throwing Muses se séparent et Tanya forme le groupe Belly (avec un album fabuleux, King, à découvrir en entier sur Deezer, mais dont voici un titre choisi ici). Enfin seule en 1996, elle sort des albums extras et injustement méconnus. Mélodiste de génie, elle enchante mes oreilles depuis 1995, mais je la redécouvre aujourd'hui avec grand plaisir...


par would-be publié dans : emily
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Vendredi 11 avril 2008

Je ne sais pas être dure de la façon dont il faudrait. Je ne peux pas me mettre en colère tout le temps : ça m'épuise. Alors je balance. Je prends du recul par rapport aux bêtises. Chez moi, ça vanne. Ca vanne gentil, mais ça vanne sec...

- à Romuald qui se retourne sans cesse :

Tiens, Romuald, tu me donnes une idée, on va se cotiser pour t'acheter des rétros, comme ça t'auras plus besoin de te retourner pour voir derrière.

- à Ilona qui mange son stylo à longueur de journée et le lache pas quand elle me répond :

Ce sera plus efficace, Ilona, avec du dentifrice, le brossage...

- à Charlie qui est doté d'un organe oral plutôt puissant :

Tu veux un porte-voix pour qu'on t'entende de plus loin ?

- à Maureen qui louche toujours sur la copie de la voisine :

Tu veux des jumelles pour y voir plus clair ? A moins que la longue-vue soit plus appropriée...

- variante pour Romuald :

Je t'aime bien de dos, mais, tu vois, je te préfère de face...

- à James qui suce son pouce, affalé sur sa table :

Tu veux mon gros orteil pas lavé depuis quinze jours ?

- à Dom qui ment comme un arracheur de dents et qui est assis tout au fond :

Recule-toi un peu s'il te plaît, le bout de ton nez me gratte l'épaule...

- à Dom, que j'aimerais placer encore plus loin :

J'en peux plus Dom, un jour je vais creuser un trou dans le mur du fond et tu t'installeras tout au fond de la pièce à côté...

- à Waki qui fait plein de fautes d'inattention absolument délirantes et que ça fait beaucoup rire :

Aïe, aïe, Waki, j'ai mal aux yeux... Arrête ! Cache-moi ça !

- à Mat qui me rend souvent des devoirs grêlés d'auréoles douteuses :

T'as fait tes devoirs près d'un beurre fondu ?

- à Harry qui me rend des devoirs crados je sais pas comment y fait en 10 minutes pour que la feuille elle soit dans c't'état-là :

C'est quoi mon mêtier Harry, tu t'en souviens ? -Professeur, maîtresse. - Bravo, Harry.... Donc, je ne suis pas gardienne de cochons, on est d'accord, moi, tu vois, je m'occupe d'enfants, pas de petits cochons...

- à Jan et Fannette qui trafiquent des trucs sous leur table :

Qu'est-ce que vous faites là-dessous, vous élevez un cochon d'Inde dans votre case ?

- A Karl qui rote et qui pète en classe :

Je rappelle que les animaux ne sont pas autorisés à l'école...

- A Harry, encore, qui s'affale sur sa table :

La prochaine fois, amène ton doudou, ce sera plus confortable...

- A Charlot qui est tout petit et se met dans des positions improbables sur sa chaise :

Tu te débrouilles comme tu veux, Charlot, mais je ne dois jamais voir le dessous de tes semelles (vieille tradition indienne).

- A Sam qui parle toujours à la place de Shiny :

Bien, Sam, à partir de maintenant, tu t'appelles Shiny...

- A Nico qui a décidé de plus rien faire en classe depuis deux jours :

Amène ton maillot demain, et puis tes palmes, puisque tu te crois à la plage...





Maîtresse, qu'est-ce qu'on fait après la récré ? Ben... On se met en tas et on fait un grand feu.


Je ne me casse pas la tête. C'est un gimmick. Le même élève, depuis le début de l'année, à 13h29, me pose la même question, au moins une fois par semaine, et je lui réponds invariablement la même chose. Ca le fait rire à chaque fois. Maîtresse, qu'est-ce qu'on fait après la récré ? Ben... On se met en tas et on fait un grand feu.

L'arroseuse arrosée...

En pleine classe, un après-midi, les distributeurs donnent un énième mot à destination des parents... Je dis : Vous collez cette feuille sur la première page blanche après le dernier papier que vous avez collé (oui,  oui, faut être très précis), vous fermez votre cahier de correspondance, et vous le rangez tout de suite dans votre cartable (merde, diablotin iufm me dit : attention, tu viens de donner trois consignes à la fois...) Bruit de papier, de chaise, de trousse, trois élèves se baladent à la recherche de bâton de colle. Soudain, le même élève que celui de 13h29, me demande de façon totalement inattendue : On fait quoi après, maîtresse ??
Et là, vous vous rendez compte, le trou ! J'avais oublié ma réponse, plus rien dans le citron ! Alors je dis, parce qu'il faut bien répondre, parce que je voulais faire ma kéké, en hésitant et en me dirigeant dos à la classe vers mon bureau : "Ben, on va tous se mettre debout sur les tables et on va rire... " Je vous jure c'est vrai, c'est ça que j'ai dit.

J'entends quelques rires étouffés, pas grand chose, un raclement de chaise, je ne les vois pas... Je les ignore deux secondes à la recherche des photocopies que je voulais distribuer sur Rémus et Romulus... Je pense : qu'est-ce qui m'a pris de dire un truc pareil...

J'aurais pas dû... Oh ! par la veste de l'inspecteur, j'aurais mieux fait de me taire... Car quand je me suis retournée, quel spectacle ! Ils étaient tous debouts sur les tables, je vous jure (faut pas jurer), calmes et souriants... puis soudain, voyant ma tête, éclatant de rire en choeur ! Je souris en les regardant (faut pas déconner, un de mes projets de début d'année était : "fédérer le groupe" : ça a marché !), mais faut pas déconner, je ne peux pas (pure trouille des réputations parentales) faire courir le bruit que dans ma classe les gamins montent sur les tables et se marrent, et qu'ils ne le font pas par bravitude insolente, mais parce que LA MAÎTRESSE, ELLE-MÊME, L'A DEMANDE !




par would-be publié dans : école
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Jeudi 10 avril 2008
  • J'adore repasser, même si je suis la seule en France à aimer ça, à adorer ça, à me pavaner devant ma pile de linge, à être subjuguée par les plis et les coutures, à jouer avec les reliefs, les boutons, les étiquettes et les transferts, les revers, les tissus, et tous les points morts du repassage (cet espace entre l'épaule et le col), j'adooooore, et j'ose le dire ! J'écoute la radio, un CD, je pense, je rêve, je résous des problèmes du quotidien, je compose des phrases... J'adoooore !

  • Si vous aussi, vous aimez repasser, ou bien si vous n'aimez pas (??), faites-le savoir  Dites-moi aussi ce que vous faites d'autre quand vous repassez... 
Comme dirait Ph. Meyer : voici le poème *on du jour

Oh repassage
Oh tas de linge
Grâce à toi je suis sage
Et je fais travailler mes méninges
Des vêtements le plumage
Dont rêverait un petit singe
Sous mon fer de passage
Brille comme une DS dans un garinge
C'est une histoire d'un autre âge
Oh, je sais et je gage
Que toi tu as la rage
De m'entendre dire que j'aime le repassage !
par would-be publié dans : ménage
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vidi-oz & mjusök

Kanaa Kandenadi - Parthiban Kanavu, 2003



Daphne, Le petit navire, 2008
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