Faut pas me prendre pour une dingue, moi, j'm'appelle pas Mephisto, moi, eh oh ! Jamais je ne signerai pour les nouveaux programmes,
jamais je ne participerai au mouvement "travailler plus pour gagner plus" en privant de vacances des élèves complètement largués depuis la première année de maternelle, abandonnés par leurs
parents dès leur première têtée, gavés de télé et frustrés d'écoute, jamais, vous m'entendez, jamais ! Et surtout pas si je pense à ce que je peux y gagner... Quelle esbrouffe, quelle arnaque
!!
Non seulement on les fait ièch toute l'année en leur rendant des zéros pointés, en leur donnant des lignes à copier (dernière
invention en date : "je ne dois pas faire pleurer mes camarades, mais les faire rire", 200 fois), en les excluant de classe s'ils nous tapent sur le système ("tu rentres quand tu es calmé!"),
en convoquant leurs parents (qui posent des lapins), non seulement, dis-je, on les agresse toute l'année, remettant chaque matin nos compteurs de bienveillance à zéro et chaque jour les
faisant exploser en leur gueulant dessus, en respirant par le ventre ("Hervé, tu m'emmeeeeeeerdes, dégaaaaage !"), mais en plus faudrait les faire venir pendant les vacances, et nous avec !
Manquerait plus que ça ! C'est une remise à niveau des parents qu'il faudrait, soyons clairs ! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
Une maman vient me voir et m'avoue que son fils s'ennuie beaucoup à la maison et que dès qu'il s'ennuie, il mange... que depuis
septembre, soit en 6 mois, monsieur a grossi de 7 kilos, SEPT KILOS !! Rendez-vous compte !! Mais qu'est-ce que vous voulez que je lui réponde à la mère ? Alors je lui demande, fine bouche :
euh... Votre fils a-t-il été détecté pour l'obésité précoce en maternelle (oui, oui, ça se fait maintenant)? Réponse : ben oui... Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Fermez
votre frigo à clé, faites quelque chose, je suis pas chez vous, moi !!
Jeudi, c'était l'hôpital dans la classe : Colin pleurait tout son saoûl allongé sur le parquet au fond de la classe, le manteau d'un
copain sous les genoux (tassement discal et sciatique à huit ans !!), Damien pleurait la tête entre les mains (migraines chroniques), Anna avait enlevé ses chaussures à cause d'une énorme
ampoule (je lui ai donné un pansement qui traînait dans mon cartable) et Inès se tordait de douleur sur sa chaise, faisant des allers-retours entre la classe et le trône, nauséause et
blanche... Suis pas médecin, moi, si ? SI ? Ben si, t'es médecin, tu peux me dire, sinon, ce que tu fous avec des pansements, des kleenex et du gel nettoyant sans eau dans ton cartable, un
marteau et une agraffeuse dans ton tiroir ? T'es dentiste, c'est ça peut-être ?
Je serais d'avis de faire des stages de soutien pour les parents avec des "super nannys" grassement payées qui enseigneraient les
parents à s'occuper de leurs enfants : des trucs tout cons, par exemple : savoir qu'un enfant de 7 ans ne peut pas s'occuper seul de ses
devoirs, de son matériel et de ses vêtements, donc regarder toujours derrière lui ou faire les choses avec lui... Ca me paraît tellement
évident...
Ce matin, c'était la réunion de réflexion sur les nouveaux programmes. J'ai boycotté le tout en faisant découvrir le site
deezer (vite renommé "dix heures", l'heure de la récré) à l'équipe pédagogique ébahie. Trois heures plus tard, nous avons tous opiné du chef (on pouvait pas parler avec les
chouquettes dans la bouche) et conclu en choeur que d'enseigner le passé composé du verbe vouloir à la fin du CE1 ainsi que le passé antérieur à la fin du CM2, c'était peut-être un peu
ambitieux...
Hier soir, vendredi : conseil d'école ! Morte de rire, très discrètement (très, très intérieurement) sur ma chaise, pendant trois
heures ( à chaque fois, ils nous font le coup des trois heures, le truc qui sert à rien... Vous avez déjà vu des réunions de trois heures dans le privé ? Ca doit être parce que nous
travaillons lentement....). Par paresse, je n'ai même pas pris de pause et j'ai dessiné un beau hussard des années 1800 quelque chose à même la feuille de l'ordre du jour. Le point"base école"a été discuté de fond en comble avec des parents suspicieux et une équipe lâche qui serrait les rangs devant
l'armée des fonctionnaires plus hauts placés. Madame la directrice a dit : je suis fonctionnaire et on me demande de fonctionner, donc je fonctionne. Point. Alors, la "base école",
c'est quoi au juste ? C'est juste l'informatisation de données qui existent déjà, mais sous forme papier. Dans cette base sont rentrés des éléments comme les effectifs, les noms, les dates de
naissance, les adresses, les redoublements et les signalements au RASED, base permettant d'éviter les "inscriptions fantômes" qui nous permettaient auparavant de gonfler les effectifs pour
éviter une fermeture de classe et de transmettre plus facilement les infos sur les élèves sur le territoire national, quel que soit le niveau de scolarisation. Dans le projet initial,
figuraient comme type de renseignements : la langue maternelle de l'élève ainsi que son ethnie !! Haro, haro ! Moi j'écoute Faith no more et
je vous emmerde ! Franchement, pourquoi ils nous demandent pas aussi de décrire les vêtements des élèves, et même de dire, pourquoi pas après tout, s'ils puent ou s'ils sont lavés (parce que
mon Dieu, chaque année, j'en ai un, comme ça, un pas-lavé, un dont personne ne s'occupe, un enfant sauvage de la ville, et ça m'angoisse bizarrement plus que des devoirs non faits, comme
signe premier de décadence d'une culture, le manque d'hygiène)... Tiens, toi, tu écris toujours avec des stylos Beep bop et tu portes toujours des tee-shirts hideux estampillés Disney, toi,
t'es pas patriote, toi, hein, quand y aura la guerre, tu verras, je te dénoncerai !! ET J'AURAI LA PREUVE DANS LE FICHIER BAZZZZ !! Hé hé.
Bon, à part ça j'ai voulu lireToute une histoirede
Günther Grass, un minuscule roman de 800 pages écrit pour les porteurs de jumelles et je me suis heurtée tout de suite à mon manque de culture, alors bon, je vais d'abord lire un peu de
Théodore Fontane (Effi Briest- "le chef-d'oeuvre du réalisme
allemand" dixit la quatrième -et Cecilia ou un titre qui ressemble avant de passer au reste).
Toujours très "Allemagne", donc, et avec joie. Quant à Cormac Mac Carthy, il peut aller se rhabiller. C'est tout sec son style... Très
en verve ce soir, très ronchon aussi, j'ai écrit une critique sur amazon sur Rufin,La Salamandre, et ma foi j'ai
dit ce que j'avais à en dire, ma foi mon pâté de foie. Faut pas prendre les gens pour des cons, gnak.
Bienvenue J'ai un peu tout fait, alors je n'ai pas grand chose à raconter. Non, c'est faux.
Il me reste encore : à habiter une dernière fois à l'étranger, dans un pays où je pourrais aller travailler en
sandalettes, à arrêter de fumer en douceur, à aller chez le gynéco pour faire un enfant, à trouver le papa, anonyme ou pas, à l'élever avec M., à refaire un voyage à vélo, à dire à Caro que
je l'aime bien et que sa présence me manque parfois, à habiter dans une maison avec un jardin, à redire à Marion que je veux l'accompagner toujours. Il me reste encore quelques livres à lire
chez moi. Un roman à écrire au bord de la mer, à Dunquercque, en 40 jours, comme Giono.
J'aimerais ne plus avoir mal à la jambe droite, changer de boulot à l'occasion.
J'ai vu reportage sans commentaires sur Arte hier sur les différents barrages israéliens. 4 saisons et des barrages à
Rammallah, Jenine, Hébron, Erez. Dur, dur.
J'ai habité à Gaza, un an. Juste après les accords d'Oslo. Les barrages, je les connais, mais à l'époque, tout
paraissait tout de même plus facile.
J'enseigne en école primaire. Je suis "brigadière"... J'aime ce métier. Un jour sur deux. Je prendrais plus de
plaisir à la faire si j'avais moins d'élèves. Car ce que j'aime, c'est fédérer, c'est le contact avec les élèves, c'est de permettre l'ébullition. Mais le bruit, à trente, est insupportable.
Et les lacunes des plus faibles ne se comblent pas. Je commence à être déformée. A me dire : je ne suis pas responsable. Certaines conduites m'épouvantent : ce ne sont pas mes enfants, me
demande-t-on de me rappeler.
Voilà, je ne suis pas vraiment de retour. Mais
je suis toujours là quand même. Moins en verve pour l'instant. Mais je m'épuisais de toute façon à parler dans le vide. Je ne sais pas, envie de rien de toute façon.