Jeudi 5 juin 2008
Internet.
Comme si nous devions passer par Gaza et la Normandie pour se rendre à destination. Nous ouvrons des fenêtres sans fin, perdons le fil, paumons le sujet, égrénons les mots dans des blank pages de transition. A la fin, plus rien ne vient. Nous ne savons plus pourquoi nous sommes là, tous là.
Je décide d'écrire avant de lire. Pour me souvenir de ce que je suis venue faire ici.



Des rues, des Aqua boulevards, des avenues non avenues, des impasses. Et le petit du ruisseau, c'est le ru?

Comparaison de paysages français.
Mer, montagne, campagne, ville. Je cherche à savoir ce qu'ils savent. A peu près rien. Sur mes vingt-neuf élèves, seuls trois passent leurs vacances d'été en France. (en dehors de Paris). Les autres restent ici ou "retournent" quelque part : qui au Maroc, qui en Tunisie, à l'Ile Maurice, en Corée, au Japon, au Cap-Vert, aux Etats-Unis, en Algérie, au Sénégal, au Congo, en Guadeloupe... A peu de choses près, ils partent tous au soleil et finalement pour les mêmes destinations que mes élèves de Saint Germain des Prés l'année dernière. Sauf qu'eux, chaque été, ils y "retournent". Sauf qu'eux, là-bas, ils vivent comme chez eux. Ils partagent avec un bout de famille resté au pays une langue, des habitudes sociales, des habitudes culinaires, des jeux. Jamais ils ne vont à l'hôtel ou faire de la plongée sous-marine le long des barrières de corail. Riches et pauvres, ici ou au soleil, finalement, ne se rencontrent jamais.



Gérard Fromanger, Corps à corps bleu, 2003-2006, Beaubourg.


Ce matin, attente devant le Grand Palais (merveilleuse exposition sur la Figuration narrative). Pour s'occuper, les garçons se pincent la nuque et se donnent des coups de pieds, les filles quant à elles lisent le grand panneau d'information sur le musée. Il est précisé à peu près à hauteur de visage d'enfant que les billets pour l'exposition peuvent être achetés à : Auchan, Carrefour, FNAC, Casino, Virgin, Intermarché, Centre Leclerc, U commerces... (Liste incomplète sans doute).
Les filles lisent et relisent exclusivement et d'une même voix la dizaine de marques d'hypermarchés. Elles en chantent les slogans, elles s'amusent, elles s'orchestrent pour finir d'une seule voix en hurlant : "U, les nouveaux commerçants..."
- Euh... Les filles, ça ne me plaît pas trop cette chanson, je ne veux pas de publicité dans la classe.
- Mais c'est écrit là, maîtresse !
- Oui, d'accord, mais ce sont des marques, ce sont des magasins... Pourquoi vous ne chanteriez pas plutôt une chanson que vous avez appris en musique ?

Ca tombait bien, nous allions voir une exposition, entre autres, axée sur la contestation de la publicité.

Hervé Télémaque, Banania n°3, 1964, Collection particulière, toile présentée actuellement au Grand Palais

Je ne peux plus dire "Mmmh" en classe sans entendre "Charal".
Je ne peux plus passer les mois de septembre à janvier sans entendre les gamins chantonner : "ta ta ta/ tat ta ta, Co-fi-dis".


PS : C. a eu la meilleure note de conjugaison. Il devait faire signer son évaluation. Aujourd'hui, en récupérant son cahier, je lui demande : alors, maman était contente ?
Lui : oui...
Puis : Pour me récompenser elle m'a acheté un jeu PS3.

Cool !

Chute de l'histoire.

par would-be publié dans : école
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mardi 27 mai 2008
Grosses larmes. Je ne sais plus où j'en suis. C'était samedi, dimanche. Une fin de semaine nullissime. Je prends tout à revers. Plus envie de rien. Doutes. Défaitisme. Film homo à pleurer.

Le soir, film de cul hétéro à mourir de rire (une sorte de peplum érotique en costumes complètement anachroniques, avec des dialogues inoubliables : "Mais... Si Augustus part faire la guerre, il ne pourra plus apaiser le feu qui brûle tout en bas de moi...", dit une nunuche perverse vêtue d'un rideau bleu en polyamide (oui, en effet, le doublage - de la langue, pas du rideau - ne faisait pas partie du prix du film).

**

Je ne pourrai jamais avoir d'enfant. Je ne pourrai plus jamais faire de sport, conduire une voiture, aimer avec une douce violence. Je serai toujours malheureuse. Je n'aurai jamais un métier que j'aime. Je vieillirai moche (pas longtemps), seule, et pauvre d'un cancer lié à la cigarette ou aux chips. Avec des boutons et de la cellulite au bas des fesses.
Grosses larmes. Envie de dormir. Enorme fatigue qui s'abat sur moi.


**

D'accord. Je déprime.

Marion me montre des coussins. Je joue à Rocky. Développement de personnalité sur moblier IKéA. "Allez, tu tapes comme une fille là... ! Met tes poings comme ça ! Arrête d'utiliser ton coude pour te défendre ! Bouge tes jambes, garde ta gauche, arrête tes moulinets !" Je frappe. Je frappe. Je frappe. Droite, gauche, droite, gauche, droite, droite, droite... Je ris. J'arrête. Ca va. Je suis calmée. Je souffle, je m'allonge, j'écoute mon coeur. Merci.

Anniversaire de rencontre. Je lis Calvin et Hobbes.

J'ai appris aujourd'hui que la directrice me faisait 100 % confiance pour commencer le CP l'année prochaine. Ah bon ?

J'ai appris que le père que j'avais choisi une nuit était d'accord et que l'autre maman l'était aussi. J'apprends à parler de cet enfant comme d'une chose possible et positive. Pas comme d'un regret. Marion me dit : "il a de belles mains, il a une belle peau, c'est important une belle peau, je ne voudrais pas d'un enfant plein de boutons !" Je renchéris : "il est bien foutu, non, dans l'ensemble ?" On regarde ce vieil ami comme une bête de salon. Bah quoi ?

J'ai appris que je devais encore attendre à cause du dos.

D'après la radiographie, j'ai perdu environ deux centimètres depuis l'opération (si ça continue, je vais faire  3 mm et je mériterais vraiment ce surnom de fourmi). Mes vertèbres se sont quasiment soudées, ce qui laisse croire que la quasi totalité du disque a été enlevée. Je ne veux pas d'autres opérations. Ma colonne s'est légèrement courbée pour s'adapter à ces deux vertèbres collées. Je continue le kiné. J'apprends à vivre avec. Mais je n'ai pas le droit de m'asseoir trop longtemps.

Le voyage est annulé pour cet été. On ira moins loin. Pas grave. Ca ira. On s'en sortira.

Bon anniversaire les trentenaires. Tant que nous sommes -tenaires, tout va...



Et puis, dernière chose. En classe, depuis deux jours, je suis grave énervée. Bavardages, bavardages, bavardages. Untel tombe de sa chaise, l'autre lance une gomme, les numéros 3 et 4 bataillent avec des équerres, number five m'appelle toutes les deux secondes pour me montrer sa feuille comme les petits qui montrent leur pot... TRES sollicitée, j'avoue que j'ai parfois les nerfs qui craquent. Vers 16h, n'en pouvant plus, je dis TRES fort à machin : Mais tu as été fabriqué où, toi ?!
A 16h30, en bas de l'escalier, F. et A. devisent : Y a machin qui tombe de sa chaise, y a l'autre qui ne fait pas son travail, y a truc et bidule qui parlent toute la journée...
Moi : Ils sont bizarres quand même les garçons de la classe...
Réponse d'un D. qui écoutait derrière : Normal, maîtresse, i z-ont été fabriqués en Chine, c'est pour ça, qu'i fonctionnent pas bien, y a tout le temps des pannes...
Ah, enfin, je ris, ça fait du bien.

Je pense quand même à part moi qu'un de ces jours je vais envoyer des réclamations au contrôle technique (quand j'aurai digéré le "chinois sans peine").
par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Samedi 24 mai 2008
et l'arbre
c'est en moi
qu'il pousse
je continue
en lui


Henri Meschino, Et la terre coule, Arfuyen, 2006.

**

Une cigarette ou une nuit de choucas ?

Marion discute ce midi de mes mots écrits en Allemagne après avoir lu Désert. Je ne me suis pas relue depuis longtemps. Ca ne m'intéresse plus. Je ne m'intéresse plus. Pourtant je persiste à croire que je ne sers pas à rien. Sinon, je ne serais pas là. Elle pense comme moi. Faut biffer, faut garder. Ca c'est bon. Ca c'est con. Ca c'est beau. Ca c'est trop. Je raye dans ma tête. Les mots grandiloquents, la solennité d'étudiante en lettres, le ton distancié de Diderot, la métempsychose d'Hugo, la mélancolie de Platonov.

Je pense au "pédé pour vieux", fils de mon amie. C'est ce que ses copains ont écrit sur son "livre d'or de Terminale". Gigolo. "Sade du XXe siècle". Ah ! la tête qu'elle a dû faire ! Je viens de regarder "Ronde de nuit". J'ai emprunté "Les garçons du trottoir". Croisé à la médiathèque deux de mes élèves qui jouaient sur des PC. J'avais les deux DVD d'Antiprod dans une main et La potion magique de Georges Bouillon de Roald Dahl dans l'autre. Calvin et Hobbes cachaient le tout. Des strates. Ils ne sauront jamais. Ils partagent chacun un secret avec moi. Untel est insulté par sa mère. Une telle dort avec elle. Le troisième ne voit plus son père depuis deux ans. Bonjour, maîtresse. Ils sont grands. L'an dernier, les CP devenaient de glace s'ils me croisaient dans la rue. La maîtresse a une vie, elle existe en dehors de la classe !

On m'appelle. On me dit qu'il faut manger. Je n'ai pas faim. Je ressortirai tout à l'heure.

par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 22 mai 2008
J'ai pris une douche. Ca va mieux.
Marre des gens qui écrivent comme s'ils bossaient chez Cosmo ou Psychologie Magazine.

Mes pieds sont au chaud dans des sandales en skai hyperbrodées (comme "hyperprotéiné") achetées en Algérie l'hiver dernier. Que pourrais-je en dire si je travaillais chez Cosmo ? C'est flop ? C'est top ? C'est "l'erreur accidentelle glamour" ? Merde. Yech.

Les enfants m'ont fait rire aujourd'hui. Vraiment. J'ai décidé de leur apprendre à accepter l'erreur. Ca m'a pris comme ça. J'ai donc proposé un exercice dont le résultat ne peut être qu'approximatif : reproduire une carte de la Gaule à main levée. Chez certains, ce n'est pas commode. Ils sont très mal à l'aise. Ils refusent de rendre un travail "mal fait". Je les encourage. Je les aime. Ils rendent petit à petit leurs travaux. Je chantonne toute la journée à tout propos. Certains m'imitent gentiment. H. reprend "C'est un beau roman d'amitié..." en taillant son crayon, chanson d'Elsa que j'ai chantée trois fois aujourd'hui en regardant O et I se faire des mamours. H. est français. Cent pour cent sénégalais. Il a décidé de commencer à travailler il y a trois semaines ("j'arrête les bêtises, c'est bon, c'est fini, maîtresse").Du coup, je lui donne de l'importance.
"H. ?
- Oui, maîtresse.
- Qu'est-ce qui est le plus grave : la bêtise ou le mensonge ?
- le mensonge.
- Merci H."

Je porte, dans mes chaussons de Maghniyya, des chaussettes noires achetées sur ebay. Mauvaise qualité telle que je dois en porter deux paires à la fois.


D. et A., enquêteurs intérimaires de ma classe, ont examiné les semelles de chaque élève pour savoir qui avait laissé une empreinte de chaussures suspectes près d'un graffiti à la craie bleue disant : "la directrice grosse pute".
Heureusement, il va pleuvoir dans quelques jours.
Le mari de la directrice a un double cancer. Elle pleure tous les jours. Nous, on la regarde.

Je porte un bas de pyjama rose à fleurs, cadeau "Damart" que ma grand-mère a choisi pour me rendre service. Ca me rend service. Ce n'est ni laid ni beau. Exactement comme ma famille.

Les arbres, les arbres. Je peux répéter le mot cent fois. Ce n'est pas la chose, mais le mot.

Je me souviens soudain d'une préface de nouvelles, les Pincengrain, Jouhandeau. Il parlait du mot "mais", disait qu'on l'employait à tout propos. On devrait dire "et". C'était peut-être quelqu'un d'autre. Ca m'est égal. Je l'ai lu. J'étais en à Madras. Je suais à grosses gouttes.

Marion mange avec L qui revient de Syrie. Je n'y suis pas allée depuis 15 ans. Nous y avions rencontré dans le hall d'un hôtel qui n'était pas le nôtre un dessinateur. Mahmoud Bey. Il nous avait invité pour un arak. Il fumait comme un trou, buvait comme un pompier. Mon père m'a emmené partout. Je ne le regrette pas.

D. imite Homère. J'imite Marge. On a dit aujourd'hui dans la classe que S. ressemblait à Lisa. Nous regardons tous les Simpson. J'ai 8 ans et je suis en CE2.

En haut, je porte un tee-shirt Benetton siglé BNT 65. C'était le cadeau de mon père pour mon brevet. Koweït. 1993. Trois trous de mite. C'est la sexy attitude ce soir. Mais que pourrais-je en dire si j'écrivais pour Jeune & Jolie ?

Marion rentre. Je t'aime. J'ai envie de toi.





par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 18 mai 2008
Elle m'a dit que ce que j'écrivais était mièvre.
J'ai répondu : je suis désolée, c'est tout ce que je suis capable d'écrire en ce moment. Les gamins prennent toute la place. Je suis bien dans ma vie. Pourquoi mièvre ?
Elle m'a dit : tu ne vas pas au bout de ce que tu veux dire, de ce que tu es. C'est plat. Tu t'arrêtes avant.J'ai dit : c'est vrai.
C'était un compliment, pour m'aider.
J'ai compris : exprime ta violence en mots avant qu'elle ne s'exprime autrement.
Okay. Ca va barder. Ca va être du lourd.
Je n'ai plus envie d'être comme ça.

par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 13 mai 2008
C. était quelqu'un de chou. C'est le mot : chou. Chouchou.

Par exemple, ce genre de trucs, ça l'aurait fait sourire.

Je suis sadique avec les gamins, mais ils sont toujours plus forts que moi.

Ce midi, comme tous les jours, je mange "à la cantine". Ou, plus précisément, je vais chercher mon plateau à la cafétéria, je me glisse entre deux élèves, prends à toute allure mes plats "pour adulte", écris mon nom sur un grand cahier et file dans la "salle des traîtres" avaler mes petits pois dégoûtants dans un silence étourdissant.

Voilà. Ce midi, je me retrouve devant Mikael et Maxime, deux élèves de CP (si vous ne voyez pas ce que c'est... C'est un enfant d'environ 6-7 ans, avec une bouche édentée). Au niveau du yaourt sur la file de la cafèt', (ou du "yaour" comme dirait mamy, beurk), je vois Mikael prendre un pot à la vanille et s'exclamer : "oh, de la banane, c'est chouette, eh"... et il pousse du coude son pote devant, "moi j'en prends un à la banane, c'est vraiment très bon la banane...". C'est là que j'interviens, mi-ange mi-démon : "euh... c'est pas de la banane, regarde, c'est de la vanille"... Y m'écoute pas le petit gars, alors je lui répète pour révéler l'utilité de ses connaissances en lecture : "c'est de la vanille, bonhomme, regarde... va..." En fait, ça chauffait veugra sous sa tignasse blonde, car je l'entends dire à son poteau : "c'est de la vanille, mais c'est de la banane, pour moi c'est de la banane, c'est bon si on dit que c'est de la banane"...

Finalement, réflexion d'adulte : ça sert à quoi de dire qu'Israël occupe illégalement le territoire palestinien depuis 41 ans puisque c'est bien plus "bon" de dire que c'est pour des questions de sécurité ? T'as beau lire des articles, écouter les témoignages des gens qui rentrent de là-bas, de ceux qui y ont vécu, t'y crois jamais vraiment...

Evidemment, la fin de cet article, C, ça ne l'aurait pas fait rire...
par would-be publié dans : école
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 9 mai 2008
Voilà. C'est déjà l'été. Et du repos en pagaille.
Je porte une superbe ceinture dorsale à faire rougir un adepte des sports SM. Elle est toute neuve et on peut faire plein de trucs avec. Surtout quand je la porte avec rien en dessous. Très Jean-Paul Gaultier, a dit mon kiné qui ressemble étrangement à Bernard Kouchner il y a quelques années.
Je ne lis plus, les visites à la maison ne permettant aucune intimité raisonnable. Je ne regarde plus de films étant vannée à la sortie de l'école. Je n'écris plus ici, ayant l'interdiction informelle de m'asseoir.
Je fais du bricolage. Aujourd'hui, j'ai acheté une douille pour l'ampoule de la cuisine car les propriétaires avaient eu l'idée saugrenue d'en acheter une en plastique. Résultat : elle a fondu. Et comme j'avais trouvé un tournevis (taché de sang ?) dans la forêt de Taverny - peut-être est-ce le tien, cher lecteur - j'ai pu revisser les mini-vis autour des fils bleu et rouge.
Je fais du ménage. Quatre lessives aujourd'hui.
Je prépare du matériel pour fabriquer un camp romain avec les enfants avec des cagettes en bois, du carton, et, peut-être, des bâtons d'eskimaux. Je me demande si l'effet "fossé rempli d'eau" sera mieux rendu avec du crépon bleu profond ou avec du papier d'alu peint en bleu... Bref, des questions capitales.
Je fais de la cuisine : avec des courgettes, du poulet rôti et un pamplemousse je me débrouille. Si, si.
Je ne suis plus trop sûre du père de l'enfant, mais ce n'est pas grave parce que ce n'est pas à moi de choisir à vrai dire, ayant toujours été choisie la première dans tout ce qui est important.
par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 29 avril 2008
Quand on a plusieurs choses très différentes à raconter, faut-il écrire un seul article ou plusieurs ? Comment ferais-je s'il s'agissait de mon journal intime ?
"Je ferais une dissertation. Et toi, tu ferais le voleur..."

1) Intermusicalité




Passé plusieurs heures à écouter un album des Throwing Muses, le groupe américain "le plus british" (ah, ces formules à la Télérama) du tournant des années 80-90, The Real Ramona, paru en 1991. J'y retrouve le son particulièrement daté des Smiths (bien spécifique des productions de ce temps-là), les dysharmonies rebelles des Breeders, la fougue d'une Patti Smith, et ce petit plus "hystérique" d'Elastica. - Pourquoi je dis ça, moi ? J'aime beaucoup. Et cela me fait du bien d'écouter un disque, le cerveau vierge de toute critique ou promotion. J'ai l'impression que ça vient de sortir et, pour moi, c'est une musique sans résonnance particulière, sans histoire. Au bout de quelques écoutes, voilà que je repère un morceau, le numéro 4, intitulé "Graffiti". Je m'accroche à la mélodie de basse. Ca me fait penser à de la variété française époque "Pierre Richard" ou "Viens chez moi, j'habite chez une copine", Bachelet, Souchon, Kosma... Ecoutez plutôt.

The Throwing Muses, Graffiti


Chouette, non ?


Elle rentre, je le lui fais "voir". Entendre entendre.  On cherche. Elle trouve Police. Je propose Souchon. On se rapproche. C'est le genre d'activités que j'aime, avec Explorasound comme outil. Voilà un jeu que nous n'aurions pu faire il y a quelques années.

Police, Every breath you take





Alain Souchon, La balade de Jim

Alain Souchon - La ballade de Jim
 
 


Evidemment, ne me le demandez pas, je vous réponds, oui, je vais acheter le dernier Portishead, comme tout le monde. (Mais, contrairement, à d'autres, je ne suis pas allée voir les Chtis ou même Camping ou même Disco ou Les Bronzés... Donc, culture unique, oui, je n'y échappe pas, mais plutôt la clique Inrocks-Bernard Lenoir-Arte que Le Nouvel Obs-Canal Plus-MK2.)

2) Littérature



Je voulais adresser un très léger coup de boule zidanesque à celles et ceux qui qualifient et, du même coup, trient les oeuvres littéraires en deux catégories : glauque / pas glauque. C'est très laid de faire ça. C'est nul. Cela n'a aucun sens. Je ne comprends pas. Bouh....
Bon, ok, j'avoue, des fois, le glauquissime influence de trop près la qualité ; je pense par exemple au Tombeau pour 500 000 soldats de Guyotat. Chiantissime ET glauquissime. Mais quelle peinture de l'horreur de la guerre d'Algérie ! Inégalée ! Quelle affreuse vérité sur la vie de trouffion ! Inouïe ! Enfin, quelqu'un pour nous faire ressentir ce que c'est que d'être soldat aux pleins pouvoirs ! Ce que c'est que de voir des cadavres gonflés d'eau et visités par les vers (cf. la Biomüll grouillant de würme dans la cuisine de Tübingen), l'estomac servant de cachette aux rats, ce que c'est que de voir des hommes tyranniques enculer des chiens... En fait, hum... c'est à lire à toutes petites doses à la fois. Disons que LF. Céline, à côté, c'est le magazine Nous Deux. Mais je ne me permettrais jamais de jeter ce livre sous prétexte exclusif de sa glauquitude !
A part cela, je suis bien soulagée d'avoir terminé La Véranda, de Satta. Pfiou. En fait, ce n'était pas si mal. L'ennui de lecture rejoignait l'ennui du narrateur et ça finissait par devenir essentiel de le ressentir ainsi. D'ailleurs, dans les dernières pages du livre, le héros sort enfin du sanatorium et on le voit arpenter les premières rues de la ville, écouter les bruits de klaxon, respirer la puanteur urbaine, regarder les femmes se dandiner (de "vraies anguilles" !), manger au retaurant, et nous sommes dans le même état : tout nous paraît irréel (après plusieurs mois passés en montagne au sanatorium) et tout à coup, vraiment, on a envie de l'accompagner, de continuer avec lui, de renaître avec lui. Mais c'est terminé. Voici la Quatrième de couverture. Et c'est presque dommage. J'aurais bien continué avec La Montagne magique, mais je l'ai déjà lu et, de toute façon...
Je crois que Lucien Leuwen m'attend...



J'ai lu pour la première fois la revue de littérature étrangère  Transfuge. J'ai bien aimé. Il y a même un article sur Morrissey. Par contre, je trouve regrettable que le magazine Philosophie (attention, je n'ai pas écrit "Psychologie") trouve plus vendeur d'afficher des nus en couverture même, et surtout, quand ça n'a rien à voir avec le contenu. Ou alors, on peut présupposer qu'au contraire, tout ce qui est philosophique a rapport au sexe, ce qui n'est peut-être pas faux. Voyez, par exemple, cette facilité avec laquelle on peut faire des blagues sur les bites à propos de tout et n'importe quoi. Je pourrais, moi-même, apposer le mot "bite" (et le mot "chatte", ne soyons pas sectaires) parmi les tags de mon blog... Serais-je mensongère pour autant ? En tout cas, j'aurais plus d'audience.

3) Technologie



J'ai changé de portable gratuitement. (Par contre le panier de la ménagère a encore augmenté !) Je me sens à la fois dégoutée et fascinée : il fait tout. Et encore, je n'ai pas encore chargé le logiciel qui va me permettre de transférer les vidéos et photos du téléphone sur l'ordinateur.
L'autre jour, dans le RER qui me ramenait d'un château fort de banlieue, j'étais captivée par un très jeune couple et leur bébé d'environ 8 mois qu'ils faisaient jouer sur la banquette, un bébé très souriant, des parents calmes, pas riches, mais derrière lesquels on sentait la présence des beaux parents. Le papa prenait bébé contre lui, bébé voulait attraper ses lunettes, maman prenait des photos avec un appareil numérique...
J'ai repensé à cet article que j'avais lu dans le Monde sur la durée de vie des supports numériques... Dix à quinze ans d'après l'article. On n'a jamais fait autant de photos de bébés qu'aujourd'hui. Mais ce bébé-là ne pourra pas montrer grand chose de son enfance à ses enfants et encore moins à ses petits-enfants. Enregistrées sur le disque dur, imprimées parfois (mais avec quel matériel), gravées ensuite sur CD quand il faudra changer d'ordinateur, réenregistrées sur le nouvel appareil, réimprimées peut-être, ces images perdront peu à peu de leur qualité, on le sait.
Ma mémoire pré-scolaire, je la dois uniquement aux photographies qui l'ont nourrie. Vues depuis le plus jeune âge, revues au fil du temps, elles m'ont permis de fixer des événements. Je plains ces nouvelles générations qui n'auront que des restes de pixels à regarder lorsqu'ils seront adultes.

4) Temps

Je suis obsédée par le temps qui me reste.
Combien de temps puis-je écrire sans m'arrêter ?

Allez, va dormir Gogol...
par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 25 avril 2008


Hier nuit, je bavardais sans cesse dans ma tête. "Tu me fais jouir de mieux en mieux. Tu me fais jouir de mieux en mieux." Deux phrases voletaient de rail en rail à la hauteur de la gare de Châteauroux. Papillons nocturnes.
J'écrirais bien un roman vierge qui prendrait racine à la gare de Châteauroux. La plus triste que je connaisse. Sur du calque gris. Rien, je ferais deux ou trois pâtés d'encre de Chine. Maîtresse, je peux faire de l'encre chinoise ? Taisez-vous les enfants. Pour le moment, je ne veux plus vous voir, ne veux plus vous entendre. Je fais justement des projets sur la comète pour penser à vous sans vous connaître vraiment.

Menu sushi en arrivant. Avocat. Du diable. En Prada. Mon voisin Totoro. Coupelle de fruits secs. Fin des conciliabules sans fil. Maintenant, elle et moi, nous parlons. Maintenant, nous nous touchons. Maintenant, elle dit : je ne veux pas faire quelque chose qui fasse qu'on m'abandonne, toi ou quelqu'un d'autre. Maintenant, je dis : je t'aurai à l'usure. Je t'aime. Dans le bus dort un clochard à l'odeur de  vieux cantal. J'ai l'estomac au  bord des lèvres. Bienvenue à Paris, bienvenue à Paris. Tu me fais jouir de mieux en mieux. On parie ? Enlève ton pull, ça gratte. Laisse-moi poser là un baiser riche du temps qui a passé sans toi.

J'achète l'Echo des Savanes et les Cahiers de Sciences et vie spécial Carthage. Je ris à haute voix en première classe. Nous nous enfonçons dans des fauteuils crème empruntés à des avions Air France 1985. Une jeune femme donne le sein à un nouveau-né. Sans doute le sien. Je souris.
Hélène Bruller dans l'Echo. C'est intelligent comme journal. Elle a raison de le dire.
Dans l'allée du wagon 12, je vois défiler les armées romaines et nubiennes. Guerres puniques. Punique ? Punique. Pourquoi est-ce que ça s'appelle "punique" ? Je retiens Didon et Enée. Je les chéris. Pour délimiter l'enceinte de la ville de Carthage, Elissa-Didon, fille du roi Mattan de Tyr, a négocié une surface aussi grande qu'en pourrait contenir la peau d'un boeuf. Elle en fit de si fines lanières qu'elle obtint un périmètre suffisant pour y édifier une ville. Chapeau !
Moi, j'ai juste réussi le Super Banco du jeu des Mille Euros ce midi. Question : Qui est l'auteur de le Ferme des animaux ? Les candidats ont su répondre à des trucs incroyable (du style : qui a créé la Caisse d'Epargne ?), mais sur ça, ils flanchent... Vous pouvez répondre, vous ? (Dans les conditions du direct, s'il vous plaît...) En tout cas, je ne sais pas couper une peau de boeuf en lanières. Mais... Imaginons... Si j'étais obligée de le faire... Ben... Alors je le ferais...

J
e pose le journal, bois un café, suce un M&ms bleu. Reprends mon livre italien : La Véranda. Je m'ennuie un peu avec les pensionnaires de ce sanatorium pour phtysiques. Pour un peu j'ai envie d'aller cracher pour voir si c'est rouge.

D
ans le train que je prends habituellement, ils ont "démixté" les toilettes. Je me trompe régulièrement. Il faut s'imaginer la tête du type qui attendait quand je suis sortie des toilettes hommes. Son regard allait du logo sur la porte à moi-même. Soudain, je n'étais plus très sûre de qui j'étais. J'ai feint de ne pas voir le manège. Ce n'est pas parce qu'on s'est trompé de sexe qu'il faut perdre toute dignité. Oh, son regard outré, courroucé. Alors, moi, hein, j'aurais pris sa place ! Quelle horreur ! En plus, je crois que j'ai laissé le battant ouvert. Il va croire que je fais pipi debout celui-là...

D
ans les tombes des habitants de Carthage, on glissait des masques censés éloigner les forces du mal. Je décide d'en mettre un sur le blog. Même si je ne suis pas morte. Ca marche peut-être...

par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 23 avril 2008

Merveilleusement bien dormi cette nuit. Eu conscience d'avoir eu très chaud sur les cuisses et mal dans le bas du dos, pris aussi conscience de la douceur du drap sur mes joues au tout petit matin... Mmmh... Je sais qu'il y en a qui travaillent, mais bon, tant pis. Faut profiter quand on peut.

Fait du vélo d'appartement. 20 minutes. Pouvais plus m'arrêter au bout d'un moment, trop bien. La transpipi commençait à perler au creux de mes coudes et ça gratouillait derrière les oreilles. J'avais oublié le pouvoir irritant des toxines. Et le pouvoir bienfaisant de l'effort. Du sport. C'est la seule position dans laquelle je ne souffre plus. Le cul sur la selle, les bras tendus. Alors j'y suis remontée à plusieurs reprises, même si ça m'écrase dangereusement le fond de culotte. Regardé sur ebay le prix des vélos en chambre... Pas cher, en fait, mais méga encombrant pour la chambre en question. Avantage : je pourrai en faire par temps de pluie, en pyjama, les cheveux dégueulasses en regardant des sitcoms sur France 4. A voir... Achat certainement plus intelligent qu'un scooter. Même si j'en rêve. M. a dit qu'il s'arrangerait pour que j'en ai un à disposition cet été. A condition que je cesse de marcher comme un robot.

Je me rends compte à quel point je suis pourrie-gâtée ici, dans ce trou de verdure où chante une rivière (qui déborde, plan orange, puis jaune oblige)... Je mange des tartes et des brioches qui portent des noms à coucher dehors, je m'enfile des tonnes de couscous, de paëlla, de poulet et de poisson, et, je ne prends pas un gramme. La grande classe.

Je regarde "la Nouvelle Star" en me gratouillant la plante des pieds. Juste par curiosité pour les bretelles argentées d'Amandine et par amour de la pilosité adorablement débordante d'Ycare...

par would-be publié dans : emily
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

vidi-oz & mjusök

Kanaa Kandenadi - Parthiban Kanavu, 2003



Daphne, Le petit navire, 2008
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus